Affichage des articles dont le libellé est Ville. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ville. Afficher tous les articles

vendredi 6 septembre 2019

Penser la ville comme un jardin, c’est imaginer le maire comme un maître jardinier


Article rédigé le 17 octobre 2018


Les élections municipales et intercommunales arrivent à grand pas. 2020 sera l’expression du printemps florifère, de la continuité estivale ou de l’automne mortifère.

Et il sera alors temps pour nos candidats de penser la ville, le territoire.

Penser la ville revient à imaginer ce qu’elle pourrait être demain ou après-demain. 
Et là se pose très vite la question du mandat que porte le maire, une fois élu.

Tel un paysagiste-jardinier, il se doit de porter une vision, une perspective, lui donnant la capacité de se projeter, d’anticiper, de partager un regard, une interprétation de l’avenir. Pour cela, comprendre ce que voit l’Autre, proposer une action fédératrice, audacieuse et vivante est une qualité propre à faire de lui un personnage respecté. Il est alors en capacité de regarder, comprendre, concevoir et interpréter avec les autres acteurs du jardin un futur à la fois souhaitable (un projet) et possible (une pratique).

Monsieur, ou Madame le Maire, doit également garantir la bonne gestion quotidienne du jardin, afin d’être accepté comme jardinier en chef. Associer des plantes ensemble, mixer les espèces, rendre visible ce qui pousse mais ne se voit pas. 

Le maire jardinier est alors un garant de l’emploi à bon escient des ressources qu’il a à disposition. Rendre accessible les espaces du jardin à tous, par des portes ouvertes, des allées, de l’éclairage ; rendre désirable ce qui ne se voit pas encore, en tuteurant, en élaguant, en fleurissant ; rendre vivable, en laissant de la place à chaque plante, chaque être vivant pour que chacun puisse s’épanouir sans envahir l’autre. 

En somme, le maire est ici un gardien des équilibres, un garant du vivant, un orchestre du quotidien.

Un jardinier en chef ne peut le devenir sans rassembler, aller chercher, explorer, à la rencontre de ce qui se fait ailleurs, de ce que l’on perçoit du jardin, de ce qui fait vibrer les visiteurs. Ainsi, un maire, se doit de repérer, rassembler et fédérer les forces vives de son territoire, car il ne peut agir sans les talents de son équipe de jardiniers, sans grimpeurs-élagueurs, pépiniéristes, poètes, peintres, sculpteurs, écologues … ou simples amateurs de jardins.

Ici, le maire est au service de la réunion des énergies, participant du croisement des regards pour mieux comprendre ce qui fait son jardin, leur jardin. Et la tâche n’est pas simple. D’autres jardins peuvent être amenés à naître à deux pas d’ici, une dynamique semble-t-il concurrente peut s’initier un peu plus loin, une dispute peut vite arriver entre deux habitants du territoire. Diviser ou réunir, rassembler ou éviter, fédérer ou morceler, coopérer ou se battre, le dilemme est grand pour celui qui porte sur ses épaules la responsabilité de faire grandir le jardin de ceux qui lui ont confiés, lors des dernières élections …

Pour cela, le maire, s’il acquière l’estime de son équipe, de ses visiteurs, de ses partenaires, pépiniéristes et autres créateurs de sens, de belles choses, de sensibilités … pourra alors devenir maître-jardinier. A une autre époque de l’art des jardins, ce titre revenait au plus ancien, au plus sage et au plus talentueux des jardiniers, à la fois botaniste, paysagiste, jardinier, poète et j’en passe.
Le maire, pour devenir celui que l’on reconnaît comme une personnalité respecté car exemplaire, se doit alors de favoriser l’échange. 

En effet, que serait une équipe sans dialogue, un partenariat sans relation réciproque, une visite inspirante sans partage ?

Ce jardin doit être vu comme un creuset de rencontres, un lieu d’échanges d’idées, de sensations, d’intentions pour se révéler être un espace des possibles, des rêves, du bien-vivre…

Le maître-jardinier, jamais seul, doit ainsi considérer ses semblables, ses voisins, ceux qui habitent comme passent dans le jardin. Organiser la discussion, le débat et le partage de la décision est lors un principe vivant, le maître-jardinier sachant alors prendre la bonne décision, pesant l’équilibre entre la raison (les ressources disponibles) et le cœur (les sensations recherchées).

Tel un jardin, le territoire possède des ressources, de l’eau, un sol, du soleil, etc., des êtres vivants, certains de passage, d’autres là depuis longtemps, certains favorables, comme les auxiliaires de jardin, d’autres moins et encore un tissu de relations, une organisation du pouvoir de penser, vivre, ressentir, que le jardinier se doit de préserver pour assurer la pérennité de la vie.

Favoriser la vie revient alors à accepter que la ville, comme le jardin, est un organisme vivant. En cela, il est impossible de le programmer intégralement. Il faut donc savoir où l’on va sans pour autant le forcer, en mobilisant l’imagination du doute.

Il faut accepter que la ville soit ici un jardin fleuri et vivrier autour de la maison, ordonné et libre à la fois pour donner les conditions propres à habiter ensemble tout en laissant le champ libre aux herbes folles, parmi lesquelles poussera un jour une fleur extraordinaire, une pépite que l’on cultivera, là, des lisières, espaces futurs encore en devenir, sans mise au cordeau, riches de vies informelles, et un ailleurs, au-delà de la frontière de la clôture, et pourtant partie intégrante de ce que l’on nomme un paysage.

Car un jardin, une ville, un territoire est tout et non un rien, c’est ainsi des ressources, des personnes, un rêve partagé, des outils mis en commun, un projet de vie pour de nombreuses années, bien au-delà de ses frontières juridiques ou administratives.


Alexis Durand (Jeanson)

Entre la “ville-monde” et la “maison-moi”, une autre voie existe.

Article de décryptage politique des “3 paysages” possibles en France.

Article initialement publié le 15 octobre 2018

En France et dans le monde occidental en général, un affrontement idéologique semble prégnant, que l’on peut aujourd’hui entrevoir par le biais de nos paysages. Oui, je parle en effet de ce que vous voyez depuis la fenêtre de votre maison, de votre voiture, de votre lieu de travail ou lorsque vous faîtes les courses ou la fête entre amis. D’ailleurs, dites-moi ce que vous voyez ?
Est-ce un grand parking composé de voitures, chariots et de quelques arbres ? Une grande plaine peuplée de champs de céréales, de lignes à très haute tension, d’une ferme au loin,de quelques boisements épars et d’une forêt de maisons blanches ? Est-ce une grande place urbaine avec des gens, des terrasses de café, des vélos ? Un ensemble de tours de bureaux aux superbes parois vitrées ?
Aujourd’hui, derrière ces paysages du quotidien, les médias nationaux comme régionaux peuvent avoir tendance à en parler par l’emploi, en bons spécialistes des sujets traités, de  “démocratie illibérale”, “d’innovation publique”, “de biens communs”, “de montée des populismes”, “de tiers-lieux”, ... Mais au fond, qu’en est-il ?
Trois courants semblent aujourd’hui exister, dont deux seulement semblent avoir la visibilité (légitimité ?) médiatique pour s’opposer dans une course folle, celle de l’échiquier politique (notamment 2019, 2020, 2022). 
Afin de discerner ce qui semble être un regard porté et construit sur le monde, nous vous proposons cette analyse schématique, issue des derniers travaux de PRIMA TERRA (Alexis Durand Jeanson) sur les 3 mondes qui s’expriment entre “politiques & paysages”.

image
Dans cette représentation métaphorique des trois mondes possibles, nous avons souhaité exprimer trois grandes représentations pour imaginer la Ville, cultiver le commun qui nous unirait et les formes que cela prendraient.
L’une est la Ville-Monde, 
l’autre la Maison-Moi, 
et une troisième, plus discrète aujourd’hui, le Local-monde.
S’il fallait tenter d’illustrer par un conte pour enfants les deux premiers, nous aurions d’un côté un far west où les gentils du “camp du monde” s’affrontent dans une lutte perpétuelle face aux méchants du “camp du village” ; l’autre histoire serait celle de ce fameux village peuplé d’irréductibles gaulois qui luttent fassent à l’encerclement de nombreux oppresseurs. En somme, une opposition légendaire.
Autrement dit, il semblerait que se recoupe aujourd’hui ceux qui seraient partisans du global, d’un monde total ou d’une “mondialisation heureuse” pour citer Alain Juppé. Ce qui est curieux, c’est que derrière ce camp du monde semble s’exprimer des courants différents. Certains souhaitent libérer les peuples des cadenas qui les verrouillent (on parle alors de “démocratie illibérale”), d’autres, de supprimer les frontières westphaliennes (le principe de “société ouverte” ou de “territoire/démocratie liquide”), d’autres, les entreprises des contraintes étatiques (libéralisme économique) et d’autres enfin, les individus des “obligations” morales (approche libertaire).
La clé voûte sociale semble pouvoir être nommée par le terme “anywhere”, la personne de partout et “de nulle part” ou “citoyen du monde”, concept proposé par le géographe Christophe Guilluy. 
La caractéristique majeure serait sa conscience, sa possibilité et sa volonté de mobilité, aussi professionnelle que personnelle, grâce à son capital social et cognitif. Cette culture de la mobilité lui permettrait ainsi de trouver un travail n’importe où, de pouvoir voyager à sa guise, de se sentir concerné par la seule société monde ou encore “d’être libre d’habiter le monde”.
La ville-monde est alors l’Espace symbolique, où l'accessibilité urbaine prime (culture-RyanAir ou EasyJet) et la mise en spectacle par l’habitant lui-même (culture Airbnb) sont des marqueurs décisifs, le volume des flux (économiques, visiteurs, internautes, données ...) étant l’unité de mesure. Les métropoles, comme les Grand Paris, Grand Lyon ..., donnent à voir les possibilités d’un tel raisonnement. Connectées au Monde (des autres métropoles), elles sont en capacité de faire rencontrer des mondes (culturels, professionnels, disciplinaires...), de fabriquer des hybrides (culturels), de disrupter l’économie et ses acteurs traditionnels et ainsi de fabriquer une culture globale.
L'horloge semble consacrée par le “en même temps” dans un “temps présent permanent”. Ici, l’ubiquité, la simultanéité et la pulsion semblent être le firmament.
Qu’elle soit consacrée par les mots de “société ouverte”, de “liberté d’entreprendre” ou de “libéralisme économique”, ou d’une forme “libertaire” d’émancipation aux lois morales, libérer de quelque chose, d’une “oppression”, d’une injustice semble être la clé. Ici, la Liberté est chantée reine dans une ode égalitaire à “l’ici et l’ailleurs”.
En politique, les actions auront tendance à se caractériser par une volonté d’innovation, synonyme de “disruption” socio-économique et ainsi de suppression des anciens systèmes, provoquant des nouveautés productrices de changements sociaux, économiques, technologiques ...
Derrière cette pensée “égalitariste” semble converger des idées qui pourraient sembler antagonistes comme : une pensée globale, la vision du management total de Google comme “entreprise-monde” ou celle de l’entreprise libérée (de quoi ?), la “start-up nation”, faisant de l’Etat un gestionnaire organisateur de la société de marché, une philosophie portée par l’individualisme, une culture universaliste, cosmopolite et monothéiste, le modèle social de la bourgeoisie, la culture de l’entertainment ...
“Ici, la Liberté est chantée reine dans une ode égalitaire à “l’ici et l’ailleurs”.”

De l’autre côté de notre bibliothèque semble exister une recherche d’un “ici et maintenant” voir d’un “ici et pas ailleurs”, souhaitant en finir avec “l’oppression du village par l’armée extérieure”, quelle que soit sa forme. Ici, ce que l’on recherche, c’est sans doute de retrouver, ou de construire, la suite de l’histoire du village, à comprendre d’où l’on vient et où l’on va, dans une relation particulière à l’Histoire.
L’horloge est ici dans une temporalité linéaire. On espère de la grande Histoire des repères pour affronter l’histoire à venir, comme les traditions ou les symboles culturels nationaux, en cherchant à perpétuer “ce qui était” ou au contraire “ce que je cherche pour moi-même”.
L’état d’esprit semble être porté par celui que l’on nomme “le somewhere”. Pouvant être représenté par ceux qui sont nés et/ou habitent ici depuis longtemps, ils (les représentants) semblent profondément attachés à des valeurs et des “racines” proches (la Révolution par exemple), des traditions séculaires (la chasse, la famille, la dimension travail ou encore l’assemblée populaire pour exemples), des repères vernaculaires (par exemples l’église, le son de cloche). 
Ils semblent cependant mobiliser des populations différentes, qui cependant habitent en majorité une France périurbaine et rurale, ce que l’essayiste et géographe Christophe Guilluy nomme “la France périphérique”. 
En effet, d’un point de vue spatial, cet état d’esprit semble s’exprimer par plusieurs formes caractéristiques de ce besoin de “créer sa maison-moi”. 
Cela s’illustre par la forme pavillonnaire et son implantation dans un lotissement, loin de la ville historique, habitée aujourd’hui par plus d’un tiers des Français. Elle n’autorise pour ainsi dire qu’une seule relation à l’Autre, la voiture et le clic en ligne, et par de (trop) rares équipements favorisant aujourd’hui le lien social, comme les grandes surfaces ou l’école. Ici, on se fabrique son monde derrière des murs, des haies, par une connexion au monde souhaité, à l’instar de l’emploi du supermarché Drive pour les denrées alimentaires et quotidiennes par clic interposé.
L’autre forme caractéristique est ce besoin de “faire société”, si besoin dans la société existante. Pour exemple, nous pourrions citer le principe des ZAD, comme Zone à Défendre, dont la plus connue fut Notre-Dame-des-Landes. Ici, une culture d’auto-gestion, de société alternative à l’Etat et de construction collective d’un village-Soi. L’opposition à un autre monde environnant est alors un marqueur important de cette manière de penser la Ville.
Ainsi, la “maison-moi” semble être l’expression de cette autre manière de penser le monde. En effet, ici, il s’agit de se fabriquer un environnement socio-spatial propre à favoriser ces repères, ces symboles et ces principes de fonctionnement permettant de se relier à sa communauté d’existence, affinitaire comme culturelle et ainsi de se “protéger” de ce qui pourrait venir transformer ce monde, “leur monde”.
“On espère de la grande Histoire des repères pour affronter l’histoire à venir, comme les traditions ou les symboles culturels”

Une troisième voie semble se construire entre la “ville-monde” et la “maison-moi”. Comme la relation entre la ville et le champ exprimée par le mot lisière, il existerait une échelle intermédiaire. Cet entre-deux pourrait être nommé le “local-monde”, pour reprendre le terme employé par le “jeune” mouvement de développement local Les Localos
Cette troisième voie semble portée par le souhait de penser le monde par la proximité, la “géographie vivrière”, les ressources locales. Ainsi, il semblerait que ces acteurs ne cherchent pas seulement construire leur monde (principe d’utopie de Pierre-Joseph Proudhon) ou à fabriquer un seul monde (principe d’hégémonie culturelle d’Antonio Gramsci), mais bien à cultiver leur propre relation singulière au monde.
Ce besoin de “(re)faire village”, de (re)trouver une forme de liberté locale, de cultiver une proximité que l’on pourrait qualifier de démocratique, qu’elle soit basé sur l’accessibilité virtuelle des connaissances avec la culture wiki ou par le partage physique avec les communs, laissent à penser que la forme territoriale est ici la matrice.
Dans cette matrice semble s’exprimer des initiatives et architectures systématiquement singulières, différentes, adaptées au contexte local. Certains éléments semblent cependant les relier, que sont notamment le “tiers-lieu” (voir le Rapport “Faire ensemble pour mieux vivre ensemble” de la Mission Travail, 2018), les “(biens) communs”, la coopération, le lien à l’usager ... 
“Ces acteurs ne cherchent pas seulement à construire leur monde ou à fabriquer un seul monde, mais bien à cultiver leur propre relation singulière au monde.”
Ainsi, loin de vouloir exprimer un axe directeur ou une perspective plus favorable qu’une autre, nous souhaitons ici donner une place réflexive au paysage, ce regard à la fois sensible et logique qui observe et interprète notre relation au monde ainsi que les possibilités d’interactions avec celui-ci.
C’est donc à vous, habitant, qui êtes élu, entrepreneur, enseignant, étudiant, chercheur, artisan, créateur, artiste, etc. de prendre conscience que le territoire est une construction socio-spatiale, le paysage une relation culturelle à la Nature, la démocratie, une conversation avec l’Autre.
Alexis Durand Jeanson
Nota Bene : cet article ne développe pas les “sous-mondes” associés au schéma des 3 mondes, qui feront l’objet d’une article ultérieur.