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vendredi 6 septembre 2019

Au-delà des Cévennes, l'avenir est aux Suds.

Récit sensible d’un voyage multimodal entre Gignac (34) et Bordeaux (33)


Article initialement publié le 11 octobre 2018

Prendre le train pour Bordeaux depuis le coeur de l'Hérault, c'est vivre un tropisme français. Prendre une navette de bus, c’est discuter avec le parfait inconnu, ici une Anglaise installée ici depuis vingt ans, à la gare routière d’un village de 6 000 habitants. Il arrive, en retard, “c’est normal” m’avertit-elle. 
Il vous fait alors traverser une nature de garrigues bousculées, cultivées, construites, et atterrir dans la bordure sale et non identifiable de Mosson. On se croirait dans une mauvaise fiction, arrivant dans une anonyme banlieue criarde d'une région métropolitaine, un très grand quelque chose (Paris ?)... Sale, bétonnée, sans empreinte d’un quelconque passé, mal aimée...
Puis le tramway vient à vous. Il vous happe et vous emmène de quartier en quartier. Barres d’immeubles, super-parkings, marché aux puces, puis complexes universitaires pour ville complexée, cités étudiantes qui n’en ont que le nom, semblables aux tristes résidences où l’on parque notre jeunesse avenir... Villas, maisons de ville, appartements de deux étages, l'échelle redevient accessible au regard du piéton... Puis vient l’arrêt Comédie, une fanfare est là, écrasée entre une plaque d’aération, un arrêt de tram qui est comme parachuté là et un théâtre vous submergeant.
Montpellier la berbère, catalane, occitane, des Cévennes, méditerranéenne en somme. Ici tout vous pousse à sauter la mer, parcourir les mondes où café, chicha, sardines, couscous, tielle, paella, vins, pizzas ... forment un repas.
Un arrêt au square de la gare est un havre de quiétude, de paix. On y croise Ginkgo, Congolais, Dipteris, Polonais, Muets, nomades de l’urbain, Pakistanais, mamans montpelliéraines en recherche d’un rare espace verdoyant pour se jouer du temps urbain... L’humeur est ensoleillée, l’automne enchanteur vous salue, le short est encore le bienvenu.
Les colonnades ferroviaires vous accueillent et, aussitôt, vous voici en partance. Entre-temps, la vapeur d’eau de cette serre ferroviaire vous accueille avec calme, douceur et tranquillité. On respire dans cette gare, sorte d’avenue urbaine pensée comme “un passage urbain”. 
Sète la Singulière, vieille montagne au milieu de la Mer, Béziers la vénérable, pierres lumineuses au milieu d un océan de raisins, Narbonne, qui rappelle sur ses murs son illustre passé musical...
Entre temps, la campagne est passée des ocres clairs aux ocres rouges, la végétation boisée s’effaçant de plus en plus au profit de grandes plaines à céréales. L’oeil glisse, s’efface, le paysage est sans accroche, vaporeux. Toulouse arrive, la rougeoyante. Puis nous repartons. Il pleut. Je n’ai qu'un pull pour tout refuge. 
Le Sud est loin. L'Ouest vient.
Nous suivons le Canal, qui nous embarque vers la Bordelaise, bourgeoise, austère, réservée, enivrée. Entre temps, l’heure est aux pavillons, aux Thuyas et autres murs verts.
L’Atlantique est bien là, derrière chaque pierre, chaque geste, chaque verre. Grand, inaccessible, distant, lointain. Bordeaux capitale de l’Ouest, expression des zestes. La “nouvelle” gare en est l’illustration, faite de couloirs obligeant à se frotter aux commerces-monde, à une foule étouffante, à l’absence d’espace, de respiration, de bien-être.
Le Sud n’est plus, l‘Ouest m’a déplu. 

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