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vendredi 6 septembre 2019

Sédentaires ou tous nomades ?

Article initialement publié le 16 octobre 2018.

Exister au monde, c'est échapper à l'Autre pour devenir Soi.
Exister dans le monde, c'est s'arrêter, pour contempler l'Oeuvre et s'élancer, pour poursuivre l'Ouvrage.
Exister, c'est participer du monde sans devenir le monde.
Faire exister le lien entre l'existence de Soi et le monde qui nous entoure, c'est participer du commun qui nous unit sans nous diluer.

C'est le propre de la maison ou du jardin, n'est-ce pas ?
Ces quelques lignes sont là pour introduire une réflexion, celle d'une question posée par mon cher André Brouchet, venant à questionner si nous étions tous des "voyageurs sédentaires".
Si le fait de "travailler assis" est le propre du sédentaire, il me semble que d'autres positions s'offrent à nous : marcher, s'allonger, fléchir ...
Nous sommes sans doute davantage des nomades dont nos ancêtres, chasseurs-cueilleurs, sont ensuite devenus sédentaires, mangeant, cultivant, cuisinant "au même endroit". En construisant leurs maisons, leurs jardins, le champs notamment, ils ont cultivé cette relation particulière à Soi comme à l'Autre.

En effet, qu'existe-t-il entre le Champ et la Maison ?
Cet entre-deux que l'on nomme la lisière, d'une rare richesse floristique et faunistique d'ailleurs. Ils ont ainsi participé de la construction de leur monde, fait d'un équilibre, d'une relation, d'un pont entre l'intimité et le public, entre le Soi et l'Autre. Ainsi, en élaborant des espaces communs, ils ont participé à l'élaboration du Monde, de la société.
Puis le temps est venu où nos Ancêtres sont devenus, au début du XXème siècle, des sédentaires voyageurs, découvrant le Monde avec les congés payés. Ils ont alors découverts d'autres mondes, d'autres lisières, sans pour autant en avoir tout le temps les codes... Alors, un nouvel équilibre s'est constitué, faisant de chacun un être du monde, pouvant accéder au Monde sans pour autant participer de sa construction. Autrement illustré, le jardin de l'Autre devenait le jardin de tous, sans que le jardinier d'ailleurs puisse cependant contribuer au jardin d'ici. L'heure était donc à l'absence de lisière, mais à celle du jardin ouvert.

Aujourd'hui, il semble qu'une minorité active semble adopter à nouveau une volonté d'habiter le monde en sédentaire, en cherchant à manger local, à construire des économies de proximité.
De la même manière, "en voyage", chez les amis, à la plage, dans une autre métropole, dans un patrimoine naturel, semblent être toujours un acte recherché, même si les façons de faire sont aujourd'hui, plus que jamais, particulières, propres à chacun.
Tous, ou presque, de façon paradoxale, semble simultanément développer une attitude nomade, physiquement (le travail en slash à multiples employeurs, les lieux du télétravail, les tiers-lieux ...) et virtuellement, comme actuellement je le fais sur LinkedIn ! Le Monde est ainsi à portée de neurones, du regard alors que le retour au lieu, à la Maison, à la relation de proximité semble être également recherchés.
Ainsi, dans un monde où l'espace hybride, là où les lisières physiques, culturelles, sociales se diluent au profit d'une "relation simultanée" au Monde, à la fois particulière, orientée et intéressée ; la proximité, les alliances, la construction des communs, semblent être l'espace sincère" que l'on cherche aujourd'hui à retrouver, en partant à la campagne, en participant d'un projet collectif, en renouant avec le débat sur l'avenir du village, du quartier, bref, en habitant.

Nous sommes ainsi tous aujourd'hui appelé, selon ce que l'on souhaite, à être soit
un sédentaire nomade de l'esprit, poursuivant une course matérielle localisée tout en cherchant "ailleurs" les idées, les relations, l'acte de création, ce qui semble être finalement devant lui, comme le serf d'autrefois, obligé de travailler et vivre là sans espoir d'une vie meilleure, ici ou ailleurs ;
un sédentaire voyageur, explorateur des diversités du monde revenant ensuite les ancrer, les enraciner chez lui, dans un monde qui est le sien, comme le botaniste féru d'exotisme revenant planter chez lui les graines récoltées dans d'autres contrées ;
ou un nomade porteur de projets sédentaires, au service de la proximité habitante, du territoire tout en se déplaçant au gré des lieux en fonction des rencontres, des opportunités, des contrats, comme l'ouvrier agricole qui allait ainsi de ferme en ferme à la recherche d'une tâche journalière rémunératrice, sans possibilité d'imaginer autrement l'avenir.
Alexis Durand Jeanson

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