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mercredi 22 avril 2020

PRIMA TERRA est sélectionné pour l'audit NoWatt de la Région Occitanie


L'écosystème PRIMA TERRA a été sélectionné par la Région Occitanie, dans le cadre d'un groupement aux côtés de SURYA Consultants, IZUBA Energies, Logis-Cité - Créalead, Batiressence et ISEA Projects, pour élaborer "l'audit du dispositif d'accompagnement régional des bâtiments exemplaires NoWatt".

Le dispositif de politique publique "Bâtiment NoWatt" a pour objet de soutenir financièrement "une opération innovante de construction ou de rénovation qui limite son empreinte énergétique tout au long de son cycle de vie, de l'extraction des ressources, à la fin de la vie du bâtiment, qui intègre les attentes des usagers et qui s'inscrit dans une démarche élargie, technique, sociale et poétique en lien avec le territoire.

PRIMA TERRA aura en charge la rédaction du rapport d'évaluation et de préconisation de la politique publique régionale sur le sujet.

> Pour en savoir plus sur le dispositif

L'Eco-poétisme se dévoile lors d'un webinaire de Design Act!, l'école de design francilienne de STRATE






Design Act !, l'agence - école de design du réputé groupe STRATE en partenariat avec l'agence Saguez & Partners, invite le collectif du 16 bis, à l'origine du manifeste de l'éco-poétisme, a animé un webinaire ouvert le jeudi 23 avril 2020.

Le collectif du 16 bis, qui sera représenté par Camille They - artiste scénographe de jardins, porte depuis plus d'une dizaine d'années une démarche transversale, à la fois intellectuelle et sensible, pour renouer par la Création, avec l'écologie et le vivant.

PRIMA TERRA, par l'intermédiaire de ces deux cofondateurs, Mathilde Cota et Alexis Durand Jeanson, sont des membres actifs de ce collectif.

Retour en vidéo :

 

mercredi 27 novembre 2019

Tiers-Lieux de l'Etat, en avant toute !


Le jeudi 21 novembre 2019 à 12h30 avait lieu la première visio-conférence "Facebook live" proposée par le Bureau de l'association de préfiguration nationale des Tiers-Lieux, intitulée sur leur page facebook Tiers-Lieux France.


Alexis Durand Jeanson, de Prima Terra, a pu la suivre en direct.
Retour sur la présentation. Vous pouvez également retrouver l'intégralité de la vidéo du direct ici.

Patrick Lévy-Waitz, président de l'association et rédacteur du rapport "Mission coworking - Faire ensemble pour mieux vivre ensemble" (dans lequel les travaux de Prima Terra sont plusieurs fois cités), Marie-Laure Cuvelier, secrétaire général et cofondatrice de la Coopérative Tiers-lieux en Nouvelle-Aquitaine, ainsi que Cécile Galoselva, trésorière et fondatrice de la foncière Etic, étaient les intervenants.


Ces derniers sont intervenus suite à la clôture du conseil d'administration de l'association, composée de 21 membres.

Les trois membres du Bureau présentent le projet associatif
Aujourd'hui, pour rappel, suite au lancement du plan national Tiers-Lieux nouveaux lieux, nouveaux liens en juin 2019 par le Gouvernement Français, l'Etat a demandé aux acteurs de s'organiser de façon à rendre visible les dynamiques et besoins des tiers-lieux.

Pour cela, l'Etat avait invité 300 acteurs à cette journée de lancement, écosystème d'acteurs de la sphère tiers-lieux (opérateurs-facilitateurs comme Prima Terra, promoteurs et financeurs, porteurs de projets et de lieux, réseaux d'espaces...).

De ces 300 personnes, 63 ont été invitées à constituer le  Conseil National des Tiers-Lieux, préfiguratif de la future structure, si possible coopérative, que devra être le Conseil National des Tiers-Lieux, qui devra être créé d'ici fin 2020.

A ce jour, le Conseil National des Tiers-Lieux est chargé, telle une instance représentative de la "filière", de rendre visible les différentes typologies de tiers-lieux en France. 

"Le CNTL est le porte-parole des besoins du terrain et de sa diversité". 

A ces côtés, la mission de l'association de préfiguration France Tiers-Lieux a été présentée comme "le bras armé du Conseil National des Tiers-Lieux", en "permettant d'outiller les acteurs suite au diagnostic de terrain réalisé par le CNTL". 

De façon plus générale, l'association de préfiguration a pour but de :


  • soutenir l'émergence de réseaux régionaux ou départementaux,
  • de mettre des outils en commun, existants ou à créer,
  • de développer des partenariats entre les tiers-lieux et les acteurs publics ou privés,
  • d'aider à lever les freins à leurs activités.


"L'association doit pouvoir être le guichet unique des tiers-lieux"

Ici, on peut être inquiet par la façon dont les tiers-lieux, qui sont l'illustration spatiale d'une dynamique collective locale organisée en communauté de savoirs et de pratiques peuvent, à terme, devenir des équipements territoriaux de plus. En effet, dilués de leur essence, qui est de composer des relations et des organisations basées sur la solidarité, la réciprocité, l'intérêt collectif, ils sont l'ambassade du Tiers-Secteur, ni lieu porté par l'économie publique redistributive, ni par celle de l'économie privée monétaire marchande.

On peut notamment reprendre les schémas d'Alternatives Economiques pour tenter d'expliciter le propos.

Dans un premier visuel, on lit bien les différences entre les économies et ainsi où la communauté du tiers-lieu peut se situer. Bien entendu, le tiers-lieu "ne se décrète pas, il s'invente". En cela, la communauté ne doit pas s'organiser, au départ tout du moins, autour d'opportunités de financements publics ou privés.

Cependant, vous remarquerez aujourd'hui que le terme lui-même étant galvaudé, le principe de communauté solidaire n'est plus très présente dans ces lieux estampillés... C'est d'ailleurs pour cela qu'à Prima Terra, nous avons toujours parlé "d'espace hybride" dont les tiers-lieux sont une des typologies.


Sur le deuxième visuel, ce qui est intéressant, c'est de voir l'hybridation entre les sphères économiques. Et c'est là que le tiers-lieu peut trouver sa place, s'il souhaite passer d'un modèle économique basé non plus seulement sur la viabilité et la solidarité entre ses membres, mais sur la rentabilité économique.

Bien entendu, plus l'effort sera donné sur le principe de retour sur investissement des deniers publics ou privés, plus le tiers-secteur non monétaire sera délaissé...



Par ailleurs, le Bureau a ensuite présenté sur quoi l'association planchait à ce jour. Sous la forme de groupes de travail thématique, au nombre de trois, elle tente de trouver des réponses à trois sujets identifiés par le CNTL :

  • 1/ "Quelle fiscalité pour les tiers-lieux ?", ou ce qu'il serait possible de créer comme outils fiscaux et immobiliers pour favoriser l'émergence, le développement et la pérennisation des lieux ;
  • 2/ "Formation et reconnaissance des compétences", ou les manières de rendre visible et légitime les savoirs développés par les membres des lieux et d'organiser l'écosystème propre à les faire monter en compétences ;
  • 3/ "Les outils communs", groupe de travail pensé selon le fil rouge selon lequel l'association pourrait être demain le centre de ressources documentaires à mettre en oeuvre à l'échelle nationale.


Pour tous ces travaux, il semblerait que l'association est mis en ligne un forum ouvert, afin de rendre accessible et contributif les réflexions des membres.


Il est intéressant de constater que la dynamique nationale semble faire tendre des lieux indépendants les uns des autres pour la plupart, hormis les franchises, vers une une agrégation administrative, une institutionnalisation descendante et une normalisation diluante de ce qui serait à terme un tiers-lieu en France. 

En effet, comment ne pas voir l'association de préfiguration comme un outil au service de la construction de réseaux de lieux uniquement basés sur des échelles administratives, comme les régions et départements, et non sur les échelles de vie des communautés ?

D'autre part, le principe exprimé d'écosystème de la formation, et non de l'apprenance (capacité donnée par une organisation, un lieu, un territoire à tout un chacun pour apprendre en toute autonomie), rejoint la capacité pour l'association de préfiguration à organiser et structurer ce qui sera demain un marché à prendre

En effet, les membres ou tout du moins les responsables des lieux seront peut-être amenés à posséder une formation similaire obligatoire pour obtenir des soutiens publics, que quelques structures accréditées pourront fournir, comme la Coopérative Tiers-Lieux ?

Enfin, comment stimuler une diversité d'espaces, d'organisations et de pratiques socio-économiques pour et par une diversité de territoires si les outils pour initier, animer et développer sont à terme similaires ? 

N'est-ce pas nier encore une fois les singularités et particularités des territoires et donc des communautés ? D'ailleurs, développe-t-on une communauté intentionnelle ? Sans doute une communauté de clients oui ... 

Tout indique donc que le dispositif national, le "parlement des tiers-lieux" et son "bras armé" portent en eux la volonté de se mettre à l'unique service d'une innovation publique d'Etat, et non des territoires.

Un risque qui pourrait faire tendre chaque lieu collectif partagé voulant en être de :


  • recherche d'un leadership administratif, en cherchant à composer des réseaux territoriaux de lieux pensés comme des équipements standardisés, 
  • une course à la labellisation basée sur la compétition, afin d'être visible et crédible des institutionnels et obtenir ainsi la "bourse tiers-lieux", 
  • et dans celle de l'institution normalisante, en animant une communauté devenue captive, afin d'entrer ainsi dans l'espace d'influence politique incontournable de chaque territoire, qui serait alors "à prendre" (électoralement) pour comprendre, tenir et orienter les indépendants devenus la norme demain.


Bien entendu, cette analyse n'est là que pour tenter un décryptage politique du sujet dans une volonté d'objectivité d'ordre général. 

Ainsi, si vous souhaitez décrypter les évolutions récentes de ce champ d'innovation à votre échelle, intervenir ou soutenir sur votre territoire le lancement d'un lieu, d'un réseau ou par une politique publique, contactez-nous.

Construire une dynamique sociale et d'innovation territoriale ne se décrète pas, contactez-nous ! 

Nous intervenons en présentiel et visioconférence sous forme de formation-action, conférence ainsi que par des focus méthodologiques et stratégiques.

mercredi 9 octobre 2019

Groupe scolaire de Beauzelle - un projet No Watt avec l'Assistance à Maîtrise d'Usage

Dans le cadre de la campagne "Rénovation énergétique des bâtiments publics" de la Banque des Territoires - Caisse des Dépôts, "une priorité du grand plan d'investissement pour favoriser les économies d'énergies, réduire les émissions de CO² et encourager le développement des énergies propres", une journée dédiée avait été organisée le 24 septembre 2019 à Paris.





Dans ce cadre, Mathilde Cota, de PRIMA TERRA, et Pascal Lanselle, de VIE TO B, étaient invités à intervenir pour présenter une intervention phare de rénovation d'un bâtiment public en région Occitanie, le groupe scolaire "Les Écureuils et les Chênes" sur la commune de Beauzelle. 

Ce projet a été coordonné par Prima Terra, en partenariat avec Vie to B.

Voici la vidéo de présentation, par Mathilde Cota, cofondatrice de Prima Terra et coordinatrice du projet :





Retour écrit sur l'opération.




Le groupe scolaire à l'époque (image Ecozimut)


L'opération consistait à rénover un groupe scolaire comprenant une école élémentaire de 11 classes, une école maternelle de 5 classes, un ALAE, un espace de restauration. Une extension limitée sera prévue dans la zone de restauration et dans la zone d'accueil élémentaire.

Les travaux prévus incluaient notamment le désamiantage du site, la mise en accessibilité, l’amélioration des performances énergétiques, le traitement des façades, la réfection des toitures terrasses, la création d'un espace restauration, la démolition de préfabriqués, l’aménagement des accès et parkings.

Pour mener à bien le suivi des usages et accompagner au changement aussi bien le personnel que les parents des enfants, la commune s’est engagé en faisant appel à une Assistance à Maîtrise d’Usage.

La démarche d’Assistance à Maîtrise d’Usage revêt une importance particulière qui permettra de mieux utiliser les potentialités du bâtiment afin de répondre de façon la plus efficiente possible aux besoins des différents usagers : enfants, parents, associations et professionnels tout en leur donnant les moyens de solutionner par eux-mêmes les modalités de la future gestion.

L'inclusion de chaque acteur concerné par le bâtiment pose de nombreuses questions :

• Comment faire pour que les occupants s'approprient leurs espaces ? Comment les motiver sur l'objectif énergétique ? Comment améliorer encore la qualité de vie ? 
• Quel organe gère les liens usagers / bâtiment ? Comment faire remonter les doléances ?Comment sont prises les décisions ? 
• Quelles sont les contraintes imposées, quelle marche à suivre en cas de non-respect des règles ?

Pour bien vivre la performance énergétique, les usagers doivent être impliqués sur ces questions. Et il est essentiel de coopérer pour avancer durablement.

Pour cela, plusieurs outils ont été conçus et testés dans le cadre de la démarche de Recherche - Transmission - Innovation de PRIMA TERRA. 

En voici les principaux :
  • L'arbre du projet politique et stratégique
  • La cartographie des parties prenantes
  • La cartographie des besoins, usages et attentes
  • Le plan des usages futurs
  • Une formation-action pour les élus, techniciens et professionnels du projet


L'opération a ainsi reçu le soutien de la Région Occitanie, grâce au dispositif "Bâtiments No Watt", permettant de participer au financement de l'AMU.


Le projet ensuite proposé par l'agence C+2B Architecture fut le suivant (gif de l'agence extrait de leur site web).



Contactez-nous pour en savoir plus sur notre expertise en AMU Globale, avec nos travaux de Recherche-Action, actions pilotes et formations-actions pour les élus et techniciens d'opérations publiques ou privées !

Nous sommes notamment à l'origine de l'observatoire-réseau régional AMU Occitanie, qui est le référent technique de la Région Occitanie sur le sujet, et membre actif du réseau national AMU France, qui publiera ces prochains jours le premier livre blanc de l'AMU, préfacé par le Plan Bâtiment Durable et soutenu entre autres par la Caisse des Dépôts.

vendredi 6 septembre 2019

Penser la ville comme un jardin, c’est imaginer le maire comme un maître jardinier


Article rédigé le 17 octobre 2018


Les élections municipales et intercommunales arrivent à grand pas. 2020 sera l’expression du printemps florifère, de la continuité estivale ou de l’automne mortifère.

Et il sera alors temps pour nos candidats de penser la ville, le territoire.

Penser la ville revient à imaginer ce qu’elle pourrait être demain ou après-demain. 
Et là se pose très vite la question du mandat que porte le maire, une fois élu.

Tel un paysagiste-jardinier, il se doit de porter une vision, une perspective, lui donnant la capacité de se projeter, d’anticiper, de partager un regard, une interprétation de l’avenir. Pour cela, comprendre ce que voit l’Autre, proposer une action fédératrice, audacieuse et vivante est une qualité propre à faire de lui un personnage respecté. Il est alors en capacité de regarder, comprendre, concevoir et interpréter avec les autres acteurs du jardin un futur à la fois souhaitable (un projet) et possible (une pratique).

Monsieur, ou Madame le Maire, doit également garantir la bonne gestion quotidienne du jardin, afin d’être accepté comme jardinier en chef. Associer des plantes ensemble, mixer les espèces, rendre visible ce qui pousse mais ne se voit pas. 

Le maire jardinier est alors un garant de l’emploi à bon escient des ressources qu’il a à disposition. Rendre accessible les espaces du jardin à tous, par des portes ouvertes, des allées, de l’éclairage ; rendre désirable ce qui ne se voit pas encore, en tuteurant, en élaguant, en fleurissant ; rendre vivable, en laissant de la place à chaque plante, chaque être vivant pour que chacun puisse s’épanouir sans envahir l’autre. 

En somme, le maire est ici un gardien des équilibres, un garant du vivant, un orchestre du quotidien.

Un jardinier en chef ne peut le devenir sans rassembler, aller chercher, explorer, à la rencontre de ce qui se fait ailleurs, de ce que l’on perçoit du jardin, de ce qui fait vibrer les visiteurs. Ainsi, un maire, se doit de repérer, rassembler et fédérer les forces vives de son territoire, car il ne peut agir sans les talents de son équipe de jardiniers, sans grimpeurs-élagueurs, pépiniéristes, poètes, peintres, sculpteurs, écologues … ou simples amateurs de jardins.

Ici, le maire est au service de la réunion des énergies, participant du croisement des regards pour mieux comprendre ce qui fait son jardin, leur jardin. Et la tâche n’est pas simple. D’autres jardins peuvent être amenés à naître à deux pas d’ici, une dynamique semble-t-il concurrente peut s’initier un peu plus loin, une dispute peut vite arriver entre deux habitants du territoire. Diviser ou réunir, rassembler ou éviter, fédérer ou morceler, coopérer ou se battre, le dilemme est grand pour celui qui porte sur ses épaules la responsabilité de faire grandir le jardin de ceux qui lui ont confiés, lors des dernières élections …

Pour cela, le maire, s’il acquière l’estime de son équipe, de ses visiteurs, de ses partenaires, pépiniéristes et autres créateurs de sens, de belles choses, de sensibilités … pourra alors devenir maître-jardinier. A une autre époque de l’art des jardins, ce titre revenait au plus ancien, au plus sage et au plus talentueux des jardiniers, à la fois botaniste, paysagiste, jardinier, poète et j’en passe.
Le maire, pour devenir celui que l’on reconnaît comme une personnalité respecté car exemplaire, se doit alors de favoriser l’échange. 

En effet, que serait une équipe sans dialogue, un partenariat sans relation réciproque, une visite inspirante sans partage ?

Ce jardin doit être vu comme un creuset de rencontres, un lieu d’échanges d’idées, de sensations, d’intentions pour se révéler être un espace des possibles, des rêves, du bien-vivre…

Le maître-jardinier, jamais seul, doit ainsi considérer ses semblables, ses voisins, ceux qui habitent comme passent dans le jardin. Organiser la discussion, le débat et le partage de la décision est lors un principe vivant, le maître-jardinier sachant alors prendre la bonne décision, pesant l’équilibre entre la raison (les ressources disponibles) et le cœur (les sensations recherchées).

Tel un jardin, le territoire possède des ressources, de l’eau, un sol, du soleil, etc., des êtres vivants, certains de passage, d’autres là depuis longtemps, certains favorables, comme les auxiliaires de jardin, d’autres moins et encore un tissu de relations, une organisation du pouvoir de penser, vivre, ressentir, que le jardinier se doit de préserver pour assurer la pérennité de la vie.

Favoriser la vie revient alors à accepter que la ville, comme le jardin, est un organisme vivant. En cela, il est impossible de le programmer intégralement. Il faut donc savoir où l’on va sans pour autant le forcer, en mobilisant l’imagination du doute.

Il faut accepter que la ville soit ici un jardin fleuri et vivrier autour de la maison, ordonné et libre à la fois pour donner les conditions propres à habiter ensemble tout en laissant le champ libre aux herbes folles, parmi lesquelles poussera un jour une fleur extraordinaire, une pépite que l’on cultivera, là, des lisières, espaces futurs encore en devenir, sans mise au cordeau, riches de vies informelles, et un ailleurs, au-delà de la frontière de la clôture, et pourtant partie intégrante de ce que l’on nomme un paysage.

Car un jardin, une ville, un territoire est tout et non un rien, c’est ainsi des ressources, des personnes, un rêve partagé, des outils mis en commun, un projet de vie pour de nombreuses années, bien au-delà de ses frontières juridiques ou administratives.


Alexis Durand (Jeanson)

Le tiers-lieu, ban public ou banc public ?

Article de décryptage politique sur l’envolée lyrique et l’engouement des politiques pour le tiers-lieu, initialement publié le 26 août 2018 ...


A l'heure où nous lisons plus que jamais dans les médias (Forbes FranceDigital Society Forum d’OrangeLa Gazette...) des tiers-lieux se créer à chaque coin de rue, que peut-on comprendre de ce qui se passe aujourd'hui dans ces “espaces tiers, qui brassent les publics, hybrident les usages et activités, produisent des connaissances ouvertes et fabriquent des objets non identifiés” ?
Mais qu'est-ce qu'un tiers-lieu me direz-vous ?
Aux dires de cette coopérative éponyme, le tiers-lieu serait un "espace de travail partagé et collaboratif", "où la flexibilité répond aux difficultés économiques du champ entrepreneurial", qui "ne se décrète pas".
Selon le Manifeste Movielab, partisan d'une approche plus sélective de ces espaces, dans un esprit libertaire, le tiers-lieu serait dénommé TILIOS lorsqu'ils sont un "bien commun révélé", "libre", "open source", "un réseau distribué" ...
Enfin, les espaces de coworking, organisés parfois réseau, comme Seine-et-Marne Coworking, se définissent comme des "espaces de travail partagés où l'on partage le wifi, le café et la bonne humeur".
Et cela semble intéresser grandement les collectivités publiques, investissant des sommes importantes... Ainsi, la Région Nouvelle-Aquitaine, après avoir financé une étude de 180 k€ auprès de la Coopérative Tiers-Lieux pour “améliorer la performance globale des tiers-lieux” en 2017-2018, investis plus d'1,02 M d'euros pour “mailler le territoire néo-aquitaine d'ici 2020” aux côtés de l'Union européenne sur trois ans. Mais pourquoi me direz-vous ?
Selon l'article co-signée durant l'été 2018 par Lucile Aigron, cogérante de la même Coopérative Tiers-Lieux, dans la revue l'Observatoire, les tiers-lieux seraient le moyen de répondre à l'ère du “capitalisme cognitif”, “fondée sur l'accumulation du capital immatériel, la diffusion du savoir et le rôle moteur de l'économie de la connaissance”. En effet, selon elle, la “société pollen” impliquerait de s'intéresser davantage à l'activité pollinisatrice des abeilles qu'à la fabrication du miel". Ces lieux le permettraient grâce à la “déspécialisation, le décloisonnement des disciplines, en  transversalisant la circulation des connaissances”. Vaste programme me direz-vous !
Les termes “déspécialisé” et “pollen” par exemple sont symptomatiques des imaginaires mobilisés. Marxiste, où l’ouvrier spécialisé comme l’employé du tertiaire aliéné par son travail orienté sur la tâche, redeviendrait maître de son destin en intégrant un groupe d’action voire de subversion, en partageant ses outils et connaissances. Néo-libérale, proposant de devenir un véritable chef de projet de sa vie, choisissant librement ses repères sociaux, tricotant et détricotant ses relations sociales à loisir, composant une vie basée sur l’expérience plus que pour la mission ou la finalité.
Par ailleurs, parmi les travaux produits pour cette Coopérative (lorsque nous avions travailler ensemble en 2017), j'indiquais, dans une approche prospective, les gigantesques possibilités offertes par les tiers-lieux : devenir l'Ecole, l'Usine, la Maison et/ou la Mairie de demain !
Car en effet, le tiers-lieu est un formidable outil politique.
Il rassemble en effet des ingrédients explosifs : un lieu d’ancrage géolocalisable, une communauté d’usagers et d’utilisateurs, une structure sociale et une organisation de l’information souvent inspirée des réseaux distribués du web, un langage et une sous-culture particulière, une aspiration à répondre à des enjeux globaux.
Ce qui donne la possibilité opérationnelle aux personnes ainsi organisées d’échanger des données, de créer voire produire autrement que par les circuits économiques officielles, d’influencer et d’agir potentiellement en faveur des idéaux et aspirations sociétales du groupe.
Pour les politiques de gauche, notamment socialistes, le tiers-lieu peut se révéler être un lieu de rencontre des personnes isolées, des marginaux-sécants, de la société civile organisée, notamment dans la France périphérique, où la droite est plus souvent élue... Mis en réseau, ces lieux et ses organisations “liquides” sont les moyens de construire de toutes pièces des constellations d'ambassadeurs de "solidarités nouvelles", des mouvements politiques de promoteurs des changements sociaux si recherchés à gauche et de réinventer le socialisme sous une forme bottom-up, par minorité et localisable.
Un certain libéralisme de gauche, partisan de transformation culturelle permanente, aurait ainsi tendance à y voir le moyen d'accélérer (le terme est de la Région Nouvelle-Aquitaine) la "transition écologique et solidaire" dans un souci de changement, tout naturellement. Ici, l’objectif recherché serait de donner le moyen à l’individu de s’emparer librement de problèmes d’experts, de causes et luttes des minorités, d’inventer des modèles sociaux-culturels à la marge et d’inscrire cette économie dans la famille “vertueuse” de l’Economie Sociale et Solidaire.
Si l'on cherche plus à gauche encore, les tiers-lieux peuvent devenir des lieux de résistance, de convergence des luttes de classe, de localisme et d'expression d'une certaine "économie sociale et solidaire", cherchant à bâtir une "autre économie basée sur le lien social, les solidarités par la révolution permanente et la reconstruction des biens communs, qu’ils soient numériques, territoriaux ou de connaissance".
Pour les politiques de droite libérales, n'employant d'ailleurs pas ce terme au profit de fablab, pépinière d'entreprise, incubateur, les enjeux sont tout aussi importants. Permettant de regrouper au sein d'un même espace des entrepreneurs de tous champs, le tiers-lieu offre le moyen de populariser la culture numérique, de stimuler l'innovation, proclamée comme cause d’Etat (sous Hollande comme Macron), d'obtenir des gains de compétitivité et de faciliter le "décollage" de start-up prêtes à "disrupter" les modèles économiques existants. Autrement dit, le tiers-lieu devient alors un “hub” de rencontres des talents, des ressources, des projets, au bénéfice du marché mondialisé.
Pour les droites conservatrices, ces lieux peuvent être des espaces de réinvention de l’animation et de la pérennisation des cultures régionales, de célébration des cadres sociaux normalisés ou encore de mobilisation de la jeunesse autour de principes moraux et territoriaux. Mais il faut avouer que les politiques de droite mobilisant les principes du tiers-lieu sont rares, les termes de boulodrome, de salle des fêtes ou de pépinières d’entreprises étant souvent suffisants pour illustrer le projet sans travestir l’idée d’un vocabulaire dans le vent.
Mais alors, comment une Région comme la Nouvelle-Aquitaine, présidé par un influent membre du PS, Monsieur Rousset, se positionne-t-elle  face à ces enjeux, finançant une coopérative qui parle de "capitalisme cognitif" comme raison valable de son action ?
Selon Lucile Aigron toujours, le tiers-lieu pourrait faire école selon elle, "d'une transition culturelle". Mais pour tendre vers quoi ?
Lorsque l'on lit Antonio Gramsci et sa théorie de "l'hégémonie culturelle" ou Alain de Benoist et la lutte convergente contre "l'égalitarisme", on peut ainsi lire en ce positionnement une volonté toute particulière : celle de constituer des réseaux de lieux fonctionnant de façon horizontale (quoi qu'ayant au-dessus de la toile cette coopérative), selon le modèle économique de la polyculture vivrière (chacun cultive un peu de tout mais pas assez pour vivre sans l’autre), avec une organisation marginale, dans l'esprit d'une "société dans la société" (la ZAD de Notre Dame des Landes en ait la plus célèbre en France), célébrant le multiculturalisme et le communautarisme plutôt que la culture de l'habité et de l'unité territoriale.
Ainsi le territoire devient celui que certains en font, organisant petit à petit un modèle où l'action publique locale peut être élaborée et animée non plus par la collectivité locale au sens public du terme (entendre la commune, les élus et ses habitants invités à participer au gouvernement) mais une communauté. Et le terme est important.
Car dans la réflexion portée par la Coopérative Tiers-Lieux et d'autres acteurs à Nantes (les Ecossolies), à St Etienne (les TILIOS et son Movielab) ou dans les Hauts de France, la communauté du lieu prend le pas sur la communauté de vie, celle de l'habité, du territoire.
Ainsi, si le lieu arrive à trouver un équilibre économique (plus d’1/3 des tiers-lieux sont associatifs et 1/3 public-privé, obtenant à la grande majorité des soutiens publics) et rassembler un groupe nombreux (le nombre de fans faisant la force de mobilisation), la communauté peut ainsi devenir le représentant influent de certaines populations, minoritaires, sur le territoire ... et jouer sur le paysage politique local.
On comprendra donc que le tiers-lieu vu de gauche est une arme au service du changement culturel, social et politique en milieu rural et périurbain, puissant organisateur du multiculturalisme activateur de transformations, alors que pour les libéraux de droite, ce type de lieu aura pour intérêt de stimuler une économie monétaire issue des nouvelles technologies, de mondialiser la culture de l'entrepreneur et d'organiser une certaine liberté d'entreprendre.
Alors que le tiers-lieu conceptualisé par Ray Oldenburg était une ode au banc public, synonyme d'appartenance libre et informelle à l'espace vécu, de liberté de rencontre et d'usages indistincts, le tiers-lieu d'aujourd'hui se doit de mettre au ban les publics non désirés sinon indésirables. Car comment construire une communauté lorsque ses membres sont porteurs de principes moraux, d’aspirations et de fonctionnement quotidien différents ?
Il semble aller de soi que la communauté restreint la diversité, à moins que son but soit suffisamment porteur pour mobiliser au-delà des différences...
Pour abonder mon propos, je vous proposer d'aller dans le tiers-lieu de votre quartier et de provoquer une discussion sur un positionnement idéologique contraire à l'objet social de "sa communauté d'usagers". Vous ne serez pas surpris du résultat, l'ayant vécu par moi-même ...
Alexis Durand Jeanson

jeudi 14 février 2019

Du tiers-lieu au territoire apprenant ? La Martinique innovante


Les 12 et 13 février 2019, Alexis Durand Jeanson, chercheur associé de la constellation PRIMA TERRA intervenait à La Martinique, sur invitation du CNFPT et Réseau CANOPE.

Retour sur la présentation, qui permettait d'introduire des concepts qui lui sont chers : le tiers-lieu, le territoire apprenant, l'AMU globale, l'être au monde, habiter le territoire.





samedi 3 juin 2017

[fiche de lecture] Vers davantage d'innovations publiques par le design ?



Suite à la lecture d'une publication scientifique des chercheurs Jean-Marc Weller et Frédéric Pallez sur les "formes d'innovations publiques" et plus particulièrement celles portées par le design, je vous fais part de quelques éléments de synthèse intéressants pour ce qui nous intéresse, habiter le territoire, c'est-à-dire les usages, pratiques et partages qui participent de la constitution du sentiment d'habiter un territoire.

On peut y lire les éléments suivants :
- les formes d'innovations publiques ayant pour objet l'Espace (aménagement d'un espace public par exemple) ou la participation (mobilisation des habitants, usagers... dans le cadre d'un projet public) sont actuellement en fort déclin en terme de représentativité de l'innovation publique en France ; 

- au contraire, les formes d'innovations publiques ayant un rapport avec une refonte organisationnelle ou une transformation managériale au sein de l'administration sont en constante croissance, 

ce qui nous laisse à penser que ce qui touche le quotidien des professionnels de la Fonction publique est sans doute plus parlant et révélateur d'une tendance de fond, le besoin de concilier optimisation/réduction budgétaire avec efficience face aux objectifs demandés par l'Élu (et indirectement par l'habitant) et quête d'un renouveau de sens de ce qu'être "agent public". 

Une hypothèse pourrait être soulevée : la nouveauté produite par la posture méthodologique du design et la volonté de la "mettre à toutes les sauces" et dans tous les contextes, a pu faire oublier la réelle complexité de l'objet lui-même, renvoyant, au-delà de la technique, à des notions plus politiques et philosophiques que peut-être la participation face aux différentes formes de la démocratie ou à celle de "l'espace public" souvent envisagé à la fois comme un espace urbain, la Rue, ainsi que comme espace d'expression, de mise en capacités... 

Ainsi, il nous semble important de soulever le besoin de questionner la raison la raison de l'emploi souhaité du design, sur le fond comme la forme, dans la recherche d'innovations publiques, afin que celui-ci soit au service d'une raison d'être, d'une mission et de fondamentaux partagés, et non comme simple "nouveauté technicienne". A Prima Terra, nous cherchons à questionner le sens lors de chaque projet, en organisant notamment des temps préparatoires avec les élu.e.s et décideurs sur la dimension profonde de l'innovation souhaitée.

- On observe également la diminution sensible depuis 2013 du nombre d'innovations publiques par le design, comme illustré sur ce visuel.


En effet, nous observons ici un possible "essoufflement" de l'emploi du design pour l'innovation publique. Il semblerait, d'après les auteurs, que "l'effet nouveauté" ayant pris son envol surtout à partir de 2009 soit issu du travail conséquent de défrichage et d'acculturation par ses réseaux et promoteurs phares que sont la 27ème Régionla FING ou la Cité du Design de St Etienne.

Il nous semble intéressant de questionner, comme Prima Terra l'a réalisé il y a plusieurs années le rôle potentiellement jouable par le design et ses acteurs mais aussi la limite de cette posture méthodologique qu'est le design, pouvant permettre d'initier une dynamique nouvelle dans la Fonction publique, insuffler un regard "orienté utilisateur" mais aussi faciliter la mise en place de nouvelles pratiques mais ne pouvant en aucun cas remplacer les profils, pratiques et approches des opérateurs en place par de seuls designers. 

En effet, les équipes en place ont certes besoin d'agents facilitateurs que peuvent représenter les designers seuls, mais ont aussi besoin de développer une autonomie suivant le départ de ces derniers, en ayant à disposition des formations, des méthodes et des outils de déclinaison opérationnelle de l'innovation produite.

A Prima Terra, nous partons du principe que chaque projet doit être abordé par au moins trois composantes, présentes au sein de notre équipe : le design, pour initier, faciliter et traduire les représentations partagées, l'Espace, pour incarner physiquement, virtuellement, socialement, culturellement ... le changement en cours et le management dans la complexité, qu'il soit d'ordre de l'analyse sociologique, du développement local ou de la déclinaison des politiques territoriales.

- Ainsi, la publication révèle, face à ce constat, l'intégration de plus en plus prégnante d'autres disciplines aux équipes de designers, en sciences sociales, en gestion, en techniques spatiales ... comme l'indique le visuel ci-dessous.


Il nous semble intéressant de questionner ainsi comment, face au cloisonnement actuel des compétences, notamment des collectivités (gestion propre au service, logiques servicielles par service, comme la culture, la voirie...), mais aussi face aux silos organisationnels que l'on retrouve aujourd'hui de façon courante dans ces dernières (culture pour la commune, économie pour la communauté de communes par exemple) mais aussi à l'échelle de l'Etat (ministère de l'éducation nationale et ministère de l'enseignement supérieure, de la recherche ou encore Culture et Communication et Economie de l'autre ... alors que les deux sont intimement liés), les possibilités offertes pour mettre en place, de l'intérieur des équipes transversales, permettant l'innovation publique !

Pour nous, à Prima Terra, l'innovation peut et doit venir de l'intérieur comme de l'extérieur, à travers la mise en place de projets, formant ensemble processus, en s'appuyant non pas sur les consignes internes mais sur les ressources et les dynamiques externes, passant d'une collectivité (administrative) imposée à une collectivité instituée par l'action, le projet.

Il nous semble également important que l'ensemble de ces projets puissent se nourrir les uns des autres, dans une approche propre à l'école de pensée des "Créativités et Territoires", où le regard créatif, la spontanéité, la rencontre impromptue auraient autant de place au quotidien que le Projet, débattue, questionnée sans cesse par l'action audacieuse et convergente d'acteurs variés, issus du territoire mais aussi d'ailleurs.

Ainsi, nous pensons que la Territoire ne peut se construire que par la Pensée et l'Action simultanée, formalisées par des relations organiques (cultivant les opportunités, les métissages d'idées, de projets et de disciplines) et non plus mécaniques, où la logique de gestion ne serait plus la finalité.


- Nous pouvons lire que ce qui ressort est bien une grande majorité des projets accordées et incarnés par un lieu, un territoire et non pas un sujet général, permettant d'envisager le travail en commun de façon habitante, que l'on soit ou non du territoire ...
Cela participe ainsi d'une réflexion sur les raisons et les possibilités qu'offrent néanmoins l'innovation publique par le design, au nombre de quatre tendances, qui doivent être systématiquement questionnées lors du montage d'un nouveau projet à caractère potentiellement innovant.

La première est celle de l'entrée par le quartier, un village ... renvoyant à l'image de l'immédiateté habitante, à l'espace vécu, du quotidien.
La seconde est celle de l'équipement, posant question des fonctions (et des usages !) que peuvent porter des biens matériels publics. Le territoire est alors appréhendé par l'entrée "des lieux et services d'accueil", renvoyant notamment à la question de l'accessibilité des services publics. 
La troisième est de celle de la transformation organisationnelle de l'administration publique, allant des lieux de travail au processus de décision, questionnant ainsi les postes, rôles et responsabilités que doivent demain porter les opérateurs publics. Ici, c'est l'enjeu de la coordination entre les acteurs publics et privés du territoire qui est soulevé, renvoyant à la notion "d'écosystème relationnel et partenarial" développée par Prima Terra.
La quatrième, enfin, est celle de la relation du Public avec le public, sans relation immédiate avec le territoire. Il s'agit ici de questionner les interfaces, les possibles, les données... en mobilisant la société civile, organisée ou non, autour de problématiques davantage de l'ordre de l'Etat et de ses missions instituées.
Enfin, l'auteur conclut sur deux points : "l'ampleur du phénomène et sa pérennité", notant notamment la fourche du mouvement de fond en deux tendances, l'une portée par l'approche managériale de l'optimisation des ressources et des impacts (ayant le risque de n'être que la suite de modes comme la Qualité Totale, le Six Sigma...), l'autre orientée vers une profonde vision méthodologique ET politique de la transformation publique.

Le second constat est celui de la qualité du phénomène, révélant une évolution actuelle des objects de travail du design public et une transformation possible de la méthodologie du "design de services publics" à celle "d'un design de processus", beaucoup plus englobant et complexe mais bien plus efficient sur le long terme pour les territoires !

Prima Terra souhaite, face à ces constats, poursuivre la mise en place et l'animation d'un écosystème coopératif de solutions, initiatives et dispositifs dédié à l'exploration de nouveaux espaces de coopération, par la Recherche, l'Accompagnement et la Formation, en France et dans le monde francophone.

Si vous souhaitez poursuivre la discussion et engager une réflexion-action à l'échelle de votre territoire, de votre organisation ou des liens possibles avec les autres acteurs, publics et privés, contactez-nous !


Pour aller plus loin et lire l'article : https://www.cairn.info/revue-sciences-du-design-2017-1-page-32.htm


par Alexis Durand Jeanson

mercredi 9 mars 2016

[lu sur l'Internet] La contre-culture et le numérique, une histoire qui dérange


Suite à une veille de la Plate-forme "Créativité et Territoires" dont nous sommes membres, nous avons découvert cet article, fort intéressant ...

Comment la gauche et la contre-culture sont tombées dans le piège de l'utopie numérique" par Jean-Laurent Cassely sur Slate sur les travaux de l'historien américain Fred Turner, du département des sciences de la communication de l'université de Stanford.

Voici quelques extraits, vous laissant méditer sur le sujet, renvoyant aux principes que nous défendons à travers les "espaces hybrides", le développement d'un "écosystème relationnel", le développement de "territoire de projet" s'appuyant sur le patrimoine matériel et immatériel, etc.

Nous lisons ainsi le renvoi à la notion de "communauté de conscience", reliant les personnes à un seul état de pensée, sans structure sociale ni hiérarchie, qui rappelle les notions de "communauté de pratiques", "communauté de savoirs", "communauté de marque"...
 Tout le logiciel si on peut dire de l’utopisme numérique était déjà présent à la racine du mouvement d'exode collectif des hippies vers les communautés, qui «voyaient dans la transformation de la conscience le point de départ d’une réforme de la structure sociale américaine», écrit-il dans Aux sources de l'utopie numérique, une histoire de la filiation entre contre-culture et cyber-culture.

Mais où une des branches de contre-culture américaine a choisi de s'écarter d'une dimension politique dans son utopie, préférant trouver "ses armes" dans les technologies ...  
«Il y a un genre particulier de contre-culture qui est californien. La France a clairement eu une contre-culture, avec Mai 68, mais il y a une différence fondamentale: J’ai toujours pensé à la contre-culture française comme étant politique, les gens marchaient dans la rue, comprenaient que la politique et les partis politiques étaient très importants… 
En Californie la contre-culture s’est scindée en deux branches. L’une était politique, et ressemblait beaucoup à ce qui se passait à Paris, et c’est ce qu’on appelait la "new left" ["nouvelle gauche"], mais l’autre branche, celle qui a vraiment influencé le monde des ordinateurs, s’est éloignée de la politique, a refusé la politique, en disant que la politique est le problème et pas la solution. Et que nous devons au contraire nous tourner vers le marché, vers les technologies de petite taille, et construire ce qu’ils appelaient à l’époque des communautés de conscience, c’est à dire dans lesquelles il n’y avait pas de règles, pas de bureaucratie, pas de politique mais seulement un état d’esprit partagé... 
Cette idée était très puissante en Californie en particulier, et ce sont les gens associés à ce bord de la contre-culture qui ont travaillé avec le monde des ordinateurs. C’était donc un mouvement très local.»

Où il est possible de lire que l'entrepreneuriat, vu par la majorité de nos concitoyens comme la réponse aux difficultés cycliques de notre société, serait un mythe, un mirage social ...

Qu'est-ce que l'Economie Sociale et Solidaire, la Créativité en entreprise, "l'écosystème entrepreneurial" prôné par des lieux branchés de Paris et d'ailleurs sans finalité autre que créer une valeur marchande, non reliée à un projet de société, de transformation sociale ?

«Je pense qu’on vit encore dans l’ombre de l’idéologie de la nouvelle économie, celle selon laquelle les individus sont supposés être des entrepreneurs, laisser derrière eux les institutions afin d’explorer leur propre créativité, devenir des citoyens émancipés et changer le monde».

Et voici les caractéristiques de "l'utopie communautaire", selon Turner :
C’est justement le legs principal de l’esprit des communautés (le «Nouveau communalisme») selon Turner: le rêve «d’un monde du travail communautaire au sein duquel la vie de tous les jours et le travail seraient la même chose, reliés l’un à l’autre, où on ne serait pas partie prenante du marché, mais dans lequel on serait un paysan, un mari, toutes les choses que nous pouvons être en même temps […] D’un endroit où on puisse être soi-même, où on puisse être créatif, tout en en faisant son travail. Et c’est un rêve de contre-culture».

Les GAFA et sa culture dominante s'appuient sur des éléments de cette contre-culture pour exister, mobiliser et démontrer leurs rôles dans la société.
«Les nouveaux programmeurs utilisent tactiquement des élements [de la contre-culture] comme la communauté de conscience, Google utilise beaucoup cette idée: quand ils vont à Washington et disent “nous changeons le monde, nous faisons les choses différemment, nous construisons une nouvelle humanité connectée”: c’est un nouveau communalisme, qu’ils utilisent à leur avantage.»

Et voici le risque, d'après l'auteur, de création d'un fossé social entre les "entrepreneurs numérisés mais déshumanisés" et les "adultes cultivés" ... où le contexte collaboratif est roi et la fabrication d'un objet l'accomplissement de soi.
«Ce qui se passe, c’est que le monde de la technologie a capturé le travail d’éducation personnelle que les jeunes doivent réaliser et que d’une certaine manière, la Californie a réussi à convaincre le monde entier qu’il fallait désormais être entrepeneur dans un contexte collaboratif et fabriquer un produit pour devenir une personne accomplie. 
Et une de mes peurs, c’est qu’à mesure que la technologie imprègne nos vies, le travail traditionnel d'apprentissage que permettent la littérature et l’histoire soient repoussés dans les marges, et que les jeunes finissent par confondre la chance d’avoir une entreprise de la chance de devenir adulte, alors que ce sont deux choses très différentes

Si vous pensez, vous aussi, que la culture numérique et technologique ne peut exister seule, qu'elle doit nourrir les projets mais en aucun cas devenir une finalité, que l'utopie doit dicter votre volonté, s'appuyant sur vos racines culturelles pour exister, vous n'avez plus qu'un pas à faire.

Bienvenue dans le jardin de Prima Terra !