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mardi 1 décembre 2020

[décryptage] De quoi la résilience est-elle le nom ?

 

SAISON 1, épisode 1


D'après le CNRTL, la résilience peut se définir comme :

1/ résistance d'un matériau au choc, en Mécanique / Physique ;
2/ capacité de reproduction d'une espère animale inemployée en raison d'une ambiance hostile, susceptible d'une expansion soudaine si cette ambiance s'améliore, en Zoologie ;
3/ Force morale, qualité de quelqu'un qui ne se décourage pas, ne se laisse pas abattre, au figuré.

Définition en vidéo avec l'un des spécialistes de la troisième définition, Boris Cyrulnik.

 


Selon moi, seule la troisième peut semble-t-il être mobilisée dans l'époque que nous vivons, la première nous faisant tomber dans une pensée matérialiste, l'autre dans celle d'un néo-darwiniste social quelque peu questionnant sur le long terme.

Cependant, en explorant le sujet, nous pouvons lire que la troisième définition n'est pas si simple lorsque l'on souhaite faire le tri entre ses prophètes, ses ambassadeurs techniques et autres vendeurs de solutions "clé en main"...

 

Résilience ?

Derrière ce mot, il existe une pluralité d'imaginaires.


Selon l'Atelier Teddif "Résilience territoriale" de 2019, le territoire résilient serait une "capacité à anticiper, réagir et s'adapter pour se développer durablement quelque soit les perturbations auxquelles il doit faire face".

Pour La 27ème Région et sa nébuleuse, le design de la résilience serait une clé pour demain, parlant de "resilient by design", posant d'ailleurs question de l'utilisation de l'anglais pour parler d'un piste d'avenir pour les populations de France...

C'est par ailleurs le CEREMA, qui propose depuis quelques semaines "une boussole de la résilience", qui pourrait s'imaginer comme un outil transversal, flirtant sans doute un peu avec la technique universaliste, rêvant que la résilience pourrait se mettre en place dans nos territoires de France pourtant si différents, culturellement, géographiquement comme socialement, sans parler des Antilles françaises ou de Mayotte comme de La Réunion !

Dans le domaine de la psychologie, la résilience serait un phénomène qui consisterait, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique de manière à ne pas, ou plus, vivre dans le malheur et à se reconstruire d'une façon socialement acceptable.

Ainsi, la résilience serait globalement un état d'esprit, une pratique et une condition pour accepter de vivre avec les dérèglements et crises de notre époque.

Mais de quels traumatismes parlons-nous ?

 

 

Pour faire face aux impacts de l'ère Anthropocène :

Le Grand Effondrement ou l'Effritement ?

La résilience serait-elle mobilisée pour permettre de répondre, non pas à un constat d'Effondrement comme proposé par les collapsologues, mais pour réagir à l'Effritement généralisé des repères de notre société occidentale européenne actuelle ?

Je pense notamment à la pandémie Covid-19 actuelle, aux inondations, nombreuses, comme des vallées de la Vésubie et de la Roya, les catastrophes industrielles telle que Lubrizol à Rouen ou encore lié à des sécheresses nouvelles comme le décrypte Météo France ici.

 

Cette réaction intuitive de l'Individu comme de l'Organisation face à ces profondes transformations cherche à répondre selon moi à trois souhaits, à la fois paradoxaux et volontaires, et s'inscrivant dans une temporalité différente :

- A court terme, afin de financer le modèle à venir, l'injonction néolibérale à poursuivre le schème actuel : extraire et produire toujours plus, ce qui génère toujours plus d'externalités négatives, et réagir aux problématiques engendrées pour continuer à produire ...

- A moyen terme, afin de forger le cadre future d'une société entrepreneuriale, il s'agit de produire un choc culturel pour que chacun puisse comprendre, s'outiller et devienne autonome, tel ce mantra libéral le résume "aide-toi toi-même et le ciel t'aidera".

- A long terme, une possible tentative de subversion du Système en place pour inventer, à la fois à l'intérieur et à l'extérieur, une nouvelle façon de penser la création de Valeur et de la société française que nous souhaitons.

Pour cette dernière temporalité, il s'agit sans doute de penser le monde selon deux prismes opposés voire imbriqués l'un dans l'autre. 

L'un se propose selon une logique de Capitalisme des parties prenantes, en faisant de chaque Marché (Economie plateforme) et Etat (Capitalisme d'Etat) un système profondément clivant, associant un régulateur-plateforme, des leaders techno-scientifiques et une masse de contributeurs-consommateurs uniformes.

L'autre proposition se tourne vers une logique de Coopérativisme ouvert et redistributif, recherchant à construire une nouvelle interdépendance entre communautés locales, elles-mêmes en recherche d'autonomies futures, par le flux des connaissances et singularités produites.

Ces deux visions d'avenir ci-dessus, forcément caricaturales, peuvent amener à mobiliser la résilience pour offrir un outillage, un contexte et un langage commun pour atteindre ce cap.

Mais la résilience est-elle une fin en soi ?

 

De la résilience à la transition ?

Ainsi, pour certains acteurs et organisations institutionnelles, la résilience serait la posture à adopter et la transition la période calendaire pour adopter ces nouvelles conditions d'action.

Pour cela, il nous faudrait adopter un nouveau référentiel commun pour agir qui passerait par la co-création de récits comme voies de réappropriation politique du Marché ou du Territoire, et son devenir.

Cette culture nouvelle, basée sur l'improvisation, serait sans doute l'opposé d'une ingénierie, basée elle sur la planification. Elle imposerait à accepter le mouvant, l'instabilité et la qualité de l'improvisation pour faire face aux chocs à venir provoqués par la civilisation techno-industrielle actuelle.

Elle donnerait également à construire un droit à l'innovation et à l'expérimentation. Ce qui reviendrait à imposer la seule innovation comme solution à la remise en question des standards de vie actuels.

Cependant, trois questions me viennent :

Ce discours incantatoire proclamant à devenir tous résilients (individu, organisation, territoire) est-il suffisant pour aboutir un nouveau paradigme de société ?

Est-ce que la résilience est une condition pour adopter une Transition sociétale ?

Enfin, ne faut-il pas chercher autre chose que la résilience pour forger une nouvelle civilisation ?


De quoi la Transition est-elle le nom ?

L'idée de Transition est devenue le mantra des institutions, des élites politiques et d'un certain nombre de consultants de notre époque.

Cependant, nous pouvons trouver une définition commune de ce qu'est la transition qui peut-être vue comme "le passage d'un état à un autre" ou qui "constitue un état intermédiaire".

Ainsi, comme indiqué dans le schéma suivant, l'économie de transition est une troisième étape, suivant celle de l'économie d'innovation, dont le modèle est la "destruction créatrice", la disruption et l'improvisation créative, qui est elle-même l'étape pouvant suivre le modèle de gestion, basé sur une économie du stock, du matériel et de la planification.

 

La transition est une étape de transformation (cc-by-sa-nc Prima Terra)
 

En effet, comme nous avons pu le lire, la transition impose de nous emmener à explorer d'autres modèles pour installer demain un nouvel avenir, une certaine forme de stabilité à notre société, qui dénommé sur ce schéma sous le terme de "gestion nouvelle".

En soit, une nouvelle civilisation.

Comme l'exprime cette citation de Fernand Braudel dans "Grammaire des civilisations", les civilisations sont construites sur des mentalités collectives dominantes, qui nous enjoignent à agir ensemble selon des pratiques, des représentations et des usages communs.

« Les civilisations sont des mentalités collectives
[...]
À chaque époque, une certaine représentation du monde et des choses, une mentalité collective dominante anime, pénètre la masse entière de la société. Cette mentalité qui dicte les attitudes, oriente les choix, enracine les préjugés, incline les mouvements d’une société est éminemment un fait de civilisation. Beaucoup plus encore que des accidents ou des circonstances historiques et sociales d’une époque, elle est le fruit d’héritages lointains, de croyances, de peurs, d’inquiétudes anciennes souvent presque inconscientes, au vrai le fruit d’une immense contamination dont les germes sont perdus dans le passé et transmis à travers des générations et des générations d’hommes. Les réactions d’une société aux événements de l’heure, aux pressions qu’ils exercent sur elle, aux décisions qu’ils exigent d’elle obéissent moins à la logique, ou même à l’intérêt égoïste, qu’à ce commandement informulé, informulable souvent et qui jaillit de l’inconscient collectif. »


« Ces valeurs fondamentales, ces structures psychologiques sont assurément ce que les civilisations ont de moins communicable les unes à l’égard des autres, ce qui les isole et les distingue le mieux. Et ces mentalités sont également peu sensibles aux atteintes du temps. Elles varient lentement, ne se transforment qu’après de longues incubations, peu conscientes elles aussi. »

de Fernand Braudel, Grammaire des civilisations

Selon Fredy Perlman, ces imaginaires dominants nous invitent et garantissent une "reproduction de la vie quotidienne", et, ainsi, des désastres socio-écologiques qui en découlent.

Ainsi, parler d'une transition écologique en l'imaginant comme un simple courant politique, énergétique en ne remettant pas en question la consommation pour être qu'un souhait pieux de mixer nos sources en associant nucléaire, éolien ou panneaux solaires est une erreur d'analyse.

Car la civilisation occidentale et européenne qui est la nôtre pose ses fondamentaux sur des paramètres économiques d'extraction et de production, sociaux sur la compétition et la lutte, environnementaux sur le respect des normes chiffrées et la simple compensation.

La résilience apporte seulement un changement léger du regard porté sur ces sujets, et non un changement direction qui semble s'imposer à nous aujourd'hui.


Une modification complète du regard qui pose problème...

Comme le propose Jacques Attali dans son article "faire tomber les trois murs de notre prison", il existe 3 étapes de transformation nécessaire à une véritable bascule des représentations.

La première étape est celle de l'irréalisme et du déni, ne souhaitant pas admettre que l'histoire est tragique par nature", la seconde que l'aveuglement nous empêche de voir et d'accepter "cela est théoriquement possible" et enfin, que la procrastination voire l'absence de courage freinent encore la minorité susceptible d'avoir passée les premières...

La résilience est sans doute un chemin de traverse pour faire bifurquer les consciences déjà sensibles aux pratiques du design, comme le propose cet article de la revue Horizons Publics et La 27ème Région.

Cependant, d'autres pensées semblent offrir les moyens d'aller plus loin que l'idée selon laquelle la résilience "dessine un contexte et un cap" pour la transformation publique.

Je pense notamment à des auteurs aussi différents que le Pape François et son encyclique "Laudato Si'", proposant l'idée "d'écologie intégrale", celui de "ville du quart d'heure" de Carlos Moreno comme réponse servicielle à l'urbanisme galopant et chronophage des métropoles, ou encore celle "d'écologie intégrale" proposé par le philosophe des idées Alain de Benoist, souhaitant préfigurer une civilisation européenne écologique, conservatrice et néopaïenne.

Mais cependant, des questions me semblent poindre sur ce discours "facile" qu'apporterait la résilience par le design...

Comment les organisations peuvent-elles devenir résilientes sans pour autant se préoccuper du paradigme dans lequel elles sont et souhaitent rester ?

Comment la résilience, véritable boite à pharmacie pour soigner les maux de notre époque, pourrait nous sortir de cette spirale d'enfermement dans des modèles périmés ?

Comment le territoire résilient pourrait être une finalité, en nous proposant seulement de produire une géographie de la résistance au choc et seulement moins sensible aux catastrophes, naturelles ou autres ?


Cette liste, non exhaustive, nous offre l'opportunité de comprendre que la résilience n'est pas suffisante politiquement pour inventer un autre avenir, d'autres repères, d'autres pratiques.

Pour cela, existe-t-il des pistes en bordure de la résilience ?


Passer de l'adaptation à l'évolution : la résilience serait un clair-obscur ?

Le Professeur Nassim Nicolas Taleb, dans son livre "Antifragile", propose de nous emmener plus loin que la résilience et l'adaptation.

Cette anti-fragilité nous invite tout d'abord à aller au-delà de l'adaptation, en questionnant nos pratiques et nos modèles non plus pour changer et modifier son comportement en fonction des informations disponibles à l'instant t, tel que le propose un système adaptatif.

Elle nous invite également à surpasser la résilience, qui propose continuer à agir par résistance et réaction similaire face au choc, en recherchant l'amélioration du système et finalement l'évolution vers un autre modèle civilisationnel.

D'un point de vue plus pratique, la permaculture ou culture de la permanence, venue de l'agriculture dans les années 1980 du Japon puis de Nouvelle-Zélande, propose une philosophie de vie en trois points :

- prendre soin de la Nature (sols, forêts, eau, air et les êtres vivants associés), 

- prendre soin de l'Humain (soi-même, la communauté et les générations futures),

- et de partager équitablement la Création produite.

Par extension, cette éthique et pratique agricole nouvelle s'est étendue aujourd'hui à des dynamiques ayant pour objectif de refonder la façon de concevoir, fabriquer et animer des projets de vie, souvent à l'échelle de communauté de vie voire de village.

 

A l'échelle d'un territoire de vie, ce design par la permaculture est souvent dénommée sous l'idée "biorégion", concept développé depuis de nombreuses décennies par l'Ecole territorialiste. C'est également le cas d'auteurs tel que Gilles Clément qui préconise de s'activer selon les logiques du "jardin planétaire", du "jardin en mouvement" ou encore de "l'homme symbiotique" ou encore Camille They, qui nous propose d'adopter la posture de l'artiste, qui convoque l'improvisation créative par les sens dans son acte de Création et le jardinier, qui sait par modestie, patience et persévérance composer avec le Vivant...

 

Aujourd'hui, la pratique semble s'étendre encore sous l'appellation "d'Assistance à Maîtrise d'Usage globale" comme un domaine d'action consistant à fournir les moyens à l'Usager (comprendre les parties intéressées) de comprendre, s'approprier et trouver des réponses locales à des enjeux de vie (habiter, se nourrir, s'éduquer, s'épanouir, etc.).

Enfin, cet ensemble de pratiques transdisciplinaires entrent dans cette idée selon laquelle toutes ces communautés de pratiques et d'existence peuvent et tentent jour après jour de se relier, sous une forme socio-organisationnelle que l'on pourrait dénommer par les démarches de "territoire apprenant", dans un idéal de "société de la Connaissance" proposée par Gilles Clément dans son livre L'Alternative ambiante.

 

 

Pour conclure...

Ainsi, il s'agit ici de ne pas remettre en question l'idée même de résilience mais de noter les limites, à la fois politique, stratégique et pratique. 

Comme vous le savez, Prima Terra propose d'explorer l'imaginaire onirique du "Local-monde" que porte au quotidien des acteurs comme Les Localos, les acteurs du Made in Local, le mouvement Colibris et ses oasis de vies, des archipels symbiotiques autour d'Isabelle Delannoy, des réseaux apprenants de design par la permaculture ou encore de l'école des Territorialistes

En effet, il semble offrir la possibilité de concevoir des relations futures à partir de l'ancrage socioculturel  de communautés locales interreliées (et donc interdépendantes) qui souhaitent s'inscrire dans des pratiques portées par la civilisation de la symbiose, de la réciprocité, de la poésie du local et de la coopération économique.

D'un point de vue politique, il me semble important d'aller au-delà du discours dominant autour de la résilience, pour construire des représentations locales des pratiques et usages permettant de forger un avenir commun en interdépendance. 

Cet article en est une tentative pour les élus de tous bords souhaitant aborder autrement ce mot mantra du discours institutionnel dominant qu'est devenu la résilience.

 

Alexis Durand Jeanson


Pour aller plus loin : 2 vidéos de La Traverse sur la résilience locale ici et

vendredi 6 novembre 2020

[lecture] Et si l'on refondait le Made in Local ?

 

Un livre à lire et relire écrit par Raphaël Souchier sur les conditions pour refonder l'économie en local, dans chaque territoire associant ville et campagne...

On y parle de la manière de se mettre en réseau, de mutualiser, de coopérer entre acteurs, de mesurer son impact ...

 


L'intérêt principal selon nous est le principe du développement basée sur l'idée "d'entreprise étendue", c'est à dire un projet économique pensé en réseau, mettant en relation basé sur la réciprocité pour construire des projets communs.

C'est d'ailleurs ce que nous réalisons avec PRIMA TERRA, en soutenant et investissant dans de nombreux projets made in Local !

Par ailleurs, l'auteur exprime le principe de tendre vers une économie régénératrice, une économie cherchant à fertiliser le tissu local en reversant en local une part de la création de Valeur produite, minimisant ainsi l'impact négatif de l'extraction de ressources. 

 

MADE IN LOCAL 

Emploi, croissance, durabilité : et si la solution était locale ?

de Raphaël Souchier

octobre 2013, éditions Eyrolles 

code isbn : 978-2-212-55770-1 

 

jeudi 9 janvier 2020

Rendez-vous sur la chaîne Prima Terra sur YouTube !


En ce début d'année 2020, toute l'équipe PRIMA TERRA vous souhaite ses meilleurs vœux de bonheur et santé pour vos et vos proches ainsi que de nombreuses découvertes stimulantes et projets enthousiasmants !

Et pour bien la commencer, nous vous proposons de vous abonner à notre chaîne YouTube dans laquelle vous pourrez retrouver tout au long de l'année des contenus de choix pour découvrir les sujets qui feront les territoires de demain !

Décryptage de concepts, focus sur des projets pilotes, témoignages, description de lieux tiers ... 

>>> Rendez-vous ICI !

mardi 10 décembre 2019

[recherche] Urbanisme transitoire, retour d'entretien local !



Dans le cadre de notre recherche exploratoire lancée sur l'urbanisme transitoire/solidaire/tactique/etc., PRIMA TERRA propose à des usagers de lieux collectifs partagés de répondre à un court questionnaire sous la forme d'un texte ou d'une courte vidéo, pour aller questionner ce que cela questionne, produit, transforme dans leurs façons de vivre la ville, le village, le territoire.
Pourquoi les usagers me direz-vous ? 
Car ils sont les premiers concernés par les projets, et sans doute les premiers acteurs, contributeurs, activateurs et promoteurs de ces nouvelles formes d'urbanisme, contrairement aux initiateurs, aux partenaires ou aux commanditaires, qui peuvent produire un discours qui diffère de la réalité. Ici, on questionne les trajectoires individuelles qui rencontrent des dynamiques collectives, qui peuvent donner à voir du territoire en création. 
Etant depuis ses débuts dans une logique de science ouverte, le résultat des entretiens est mis en ligne. 
Voici un premier, de la part de Lucie F., ancienne usagère du lieu Vive les Groues, implanté à Nanterre, projet porté par le collectif Yes We Camp ...
Vive les Groues, aux pieds de l'Arche de la Défense (copyright : Nanterre Info)



1 / Comment formuleriez-vous l'utopie de votre lieu ?

L'utopie de Vive les Groues pourrait être formulée comme ça : "Écrin de verdure et de lien au cœur d'un espace urbain insolite". 


2/ En quoi fait-elle écho pour vous ?

L'environnement de Vive les Groues est un espace urbain insolite, assez aride : s'y mêlent bureaux en services, bureaux désaffectés, hangars de matériels, grands immeubles assez cossus, quelques pavillons, un bar à chicha, un restaurant japonais et un gros chantier pour la future gare de la ligne E dans le cadre du Grand Paris, tout ça à deux pas de La Défense et ses gratte-ciels que nous voyons depuis Vive les Groues. Cela en fait un environnement assez particulier, aride, avec peu de rapport entre les espaces et de fait peu de lien social. 

Au milieu de tout cela, Vive les Groues apparaît comme un écrin de verdure où la vie est revenue. La vie végétale d'une part : il s'agit d'une friche où des végétaux poussent et reprennent vie, de façon un peu anarchique mais c'est leur présence qui compte ; l'équipe de Vive les Groues et les bénévoles plantent aussi divers végétaux, des arbres notamment. 

Mais il s'agit aussi d'un lieu convivial où sont organisés divers événements, chantiers participatifs et concerts qui redonnent vie au quartier, tout en étant en plein air. 


3 / Quelles pratiques/connaissances/expériences avez-vous déjà par ailleurs dans vos engagements professionnels ou associatifs, qui iraient dans le sens de cette utopie ?

J'ai été dans le bureau d'une association étudiante environnementale, et nous organisions des événements autour du développement durable, et la mise en place d'un potager. Aussi, j'aime beaucoup ce genre de lieux, j'en ai donc visité plusieurs, et notamment en Espagne, à Valencia, où j'ai habité pendant quelques mois. 


4 / Quelles illustrations peux-tu donner, à partir de ton vécu avec le lieu, sur la réalisation de l'utopie ?

Comme expliqué à la question 2, c'est pour moi grâce aux événements et surtout aux chantiers participatifs (lien social + construction collective) que se réalise l'utopie du lieu. 


5 / Comment traduis-tu depuis un an ton implication dans le lieu ?

Je réside depuis un an sur Montpellier, je n'y vais donc plus régulièrement, mais j'ai participé au STUN Camp en octobre dernier. 


6 / Que faudrait-il faire pour accélérer la réalisation de l’utopie concrète et locale ?

Pour accélérer la réalisation de l'utopie propre à ce lieu, il faudrait qu'il y ait une équipe permanente et que le lieu ne ferme pas pendant l'hiver car cela coupe la dynamique (même si je comprends que cela soit compliqué à réaliser concrètement). 

Une meilleure communication dans les villes alentours serait aussi très bien : j'ai été au courant de ce lieu par Facebook car je m'intéresse beaucoup à cela, mais sans Facebook et de l'intérêt pour ce genre de lieu je n'aurais pas connu (ma mère a connu grâce à moi du coup, mais sans cela elle ne l'aurait pas connu).

Il pourrait aussi y avoir des événements co-organisés avec, par exemple, des brasseries locales (à Houilles il y a un brasseur qui a un petit bar rue Gabriel Péri, peut-être qu'un partenariat pourrait faire gagner en visibilité et Vive les Groues et le brasseur de Houilles). 

En allant plus loin, il faudrait aussi que le quartier des Groues change pour attirer davantage de monde, de familles, etc.


7 / Quelle pourrait-être ton implication en ce sens ? Du plus réaliste au moins réaliste...  

Je pourrais faire davantage de communication auprès de gens que je connais, ou dans les lycées, les écoles, les boutiques, les bars, etc. sous forme de petit flyers par exemple.

Et revenir dans le coin de Vive les Groues mais en tant que jeune diplômée, cela dépend aussi d'où je trouve du travail ! 

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> Si, vous aussi, vous souhaitez faire en sorte qu'un usager de votre tiers-lieu participe à notre recherche exploratoire, contactez-nous !

lundi 9 décembre 2019

La Martinique s'élance ... vers des tiers-lieux de Création !






Les 16, 17 et 18 décembre 2019, KAELIDOSCOPE DOM, incubateur d'innovations sociales, accélérateur d'initiatives de l'ESS & réseau de dirigeants qui entreprennent autrement à La Martinique, organise à l'Espace Lucien Laroche, à Le Robert à La Martinique, l'événement Alter'Actifs 2019 !


L'événement est soutenu financièrement par le CGET, la Mairie du Robert, l'ADEME et l'agglomération CAP NORD.

Cette manifestation favorisera un coup de projecteur sur l'économie circulaire en :

- donnant à voir les pratiques d'acteurs économiques, 
- en inspirant les vocations,
- en faisant émerger des initiatives répondant aux problématiques environnementales locales,
- en faisant de l'Economie Circulaire un levier d'activités économiques, d'emplois et de cohésion sociale dans les quartiers et zones rurales de La Martinique.

Dans ce cadre, Alexis Durand Jeanson, de PRIMA TERRA, interviendra pour réaliser deux conférences le mardi 17 décembre à 8h30 et 11 heures.


L'une sera sur "Economie circulaire créative, vers une révolution sensible des territoires", se focalisant sur le "faire local avec l'économie".

L'autre sera sur "Des tiers-lieux aux territoires apprenants, apprendre ensemble" et se concentrera à questionner les façons de faire lieu et territoire par la Connaissance coproduite.

A cela, Alexis sera également exposant toute la journée pour répondre aux besoins des porteurs de projets, orienter sur la réponse à l'AMI Fabriques de Territoires et présenter les derniers projets en cours (réseau AMU Occitanie pour l'innovation par les usagers dans le Bâtiment, territoires apprenants en Pays-de-la-Loire avec le Centre Michel Serres, tiers-jardins éco-poétiques en Ile-de-France avec Via Paysage, recherche-action sur les tiers-lieux et l'urbanisme transitoire, etc.).

> Pour s'inscrire à l'événement, c'est ici !

Le reste du temps insulaire passé sur place, PRIMA TERRA accompagnera les porteurs de projets de tiers-lieux incubés au sein de KALEIDOSCOPE DOM, dans le contexte national de l'AMI Fabriques de Territoires du Gouvernement Français.


Si, vous aussi, vous souhaitez obtenir des apports méthodologiques, inspirer vos acteurs locaux et initier des projets de fabriques de territoires, contactez-nous !

mercredi 27 novembre 2019

Tiers-Lieux de l'Etat, en avant toute !


Le jeudi 21 novembre 2019 à 12h30 avait lieu la première visio-conférence "Facebook live" proposée par le Bureau de l'association de préfiguration nationale des Tiers-Lieux, intitulée sur leur page facebook Tiers-Lieux France.


Alexis Durand Jeanson, de Prima Terra, a pu la suivre en direct.
Retour sur la présentation. Vous pouvez également retrouver l'intégralité de la vidéo du direct ici.

Patrick Lévy-Waitz, président de l'association et rédacteur du rapport "Mission coworking - Faire ensemble pour mieux vivre ensemble" (dans lequel les travaux de Prima Terra sont plusieurs fois cités), Marie-Laure Cuvelier, secrétaire général et cofondatrice de la Coopérative Tiers-lieux en Nouvelle-Aquitaine, ainsi que Cécile Galoselva, trésorière et fondatrice de la foncière Etic, étaient les intervenants.


Ces derniers sont intervenus suite à la clôture du conseil d'administration de l'association, composée de 21 membres.

Les trois membres du Bureau présentent le projet associatif
Aujourd'hui, pour rappel, suite au lancement du plan national Tiers-Lieux nouveaux lieux, nouveaux liens en juin 2019 par le Gouvernement Français, l'Etat a demandé aux acteurs de s'organiser de façon à rendre visible les dynamiques et besoins des tiers-lieux.

Pour cela, l'Etat avait invité 300 acteurs à cette journée de lancement, écosystème d'acteurs de la sphère tiers-lieux (opérateurs-facilitateurs comme Prima Terra, promoteurs et financeurs, porteurs de projets et de lieux, réseaux d'espaces...).

De ces 300 personnes, 63 ont été invitées à constituer le  Conseil National des Tiers-Lieux, préfiguratif de la future structure, si possible coopérative, que devra être le Conseil National des Tiers-Lieux, qui devra être créé d'ici fin 2020.

A ce jour, le Conseil National des Tiers-Lieux est chargé, telle une instance représentative de la "filière", de rendre visible les différentes typologies de tiers-lieux en France. 

"Le CNTL est le porte-parole des besoins du terrain et de sa diversité". 

A ces côtés, la mission de l'association de préfiguration France Tiers-Lieux a été présentée comme "le bras armé du Conseil National des Tiers-Lieux", en "permettant d'outiller les acteurs suite au diagnostic de terrain réalisé par le CNTL". 

De façon plus générale, l'association de préfiguration a pour but de :


  • soutenir l'émergence de réseaux régionaux ou départementaux,
  • de mettre des outils en commun, existants ou à créer,
  • de développer des partenariats entre les tiers-lieux et les acteurs publics ou privés,
  • d'aider à lever les freins à leurs activités.


"L'association doit pouvoir être le guichet unique des tiers-lieux"

Ici, on peut être inquiet par la façon dont les tiers-lieux, qui sont l'illustration spatiale d'une dynamique collective locale organisée en communauté de savoirs et de pratiques peuvent, à terme, devenir des équipements territoriaux de plus. En effet, dilués de leur essence, qui est de composer des relations et des organisations basées sur la solidarité, la réciprocité, l'intérêt collectif, ils sont l'ambassade du Tiers-Secteur, ni lieu porté par l'économie publique redistributive, ni par celle de l'économie privée monétaire marchande.

On peut notamment reprendre les schémas d'Alternatives Economiques pour tenter d'expliciter le propos.

Dans un premier visuel, on lit bien les différences entre les économies et ainsi où la communauté du tiers-lieu peut se situer. Bien entendu, le tiers-lieu "ne se décrète pas, il s'invente". En cela, la communauté ne doit pas s'organiser, au départ tout du moins, autour d'opportunités de financements publics ou privés.

Cependant, vous remarquerez aujourd'hui que le terme lui-même étant galvaudé, le principe de communauté solidaire n'est plus très présente dans ces lieux estampillés... C'est d'ailleurs pour cela qu'à Prima Terra, nous avons toujours parlé "d'espace hybride" dont les tiers-lieux sont une des typologies.


Sur le deuxième visuel, ce qui est intéressant, c'est de voir l'hybridation entre les sphères économiques. Et c'est là que le tiers-lieu peut trouver sa place, s'il souhaite passer d'un modèle économique basé non plus seulement sur la viabilité et la solidarité entre ses membres, mais sur la rentabilité économique.

Bien entendu, plus l'effort sera donné sur le principe de retour sur investissement des deniers publics ou privés, plus le tiers-secteur non monétaire sera délaissé...



Par ailleurs, le Bureau a ensuite présenté sur quoi l'association planchait à ce jour. Sous la forme de groupes de travail thématique, au nombre de trois, elle tente de trouver des réponses à trois sujets identifiés par le CNTL :

  • 1/ "Quelle fiscalité pour les tiers-lieux ?", ou ce qu'il serait possible de créer comme outils fiscaux et immobiliers pour favoriser l'émergence, le développement et la pérennisation des lieux ;
  • 2/ "Formation et reconnaissance des compétences", ou les manières de rendre visible et légitime les savoirs développés par les membres des lieux et d'organiser l'écosystème propre à les faire monter en compétences ;
  • 3/ "Les outils communs", groupe de travail pensé selon le fil rouge selon lequel l'association pourrait être demain le centre de ressources documentaires à mettre en oeuvre à l'échelle nationale.


Pour tous ces travaux, il semblerait que l'association est mis en ligne un forum ouvert, afin de rendre accessible et contributif les réflexions des membres.


Il est intéressant de constater que la dynamique nationale semble faire tendre des lieux indépendants les uns des autres pour la plupart, hormis les franchises, vers une une agrégation administrative, une institutionnalisation descendante et une normalisation diluante de ce qui serait à terme un tiers-lieu en France. 

En effet, comment ne pas voir l'association de préfiguration comme un outil au service de la construction de réseaux de lieux uniquement basés sur des échelles administratives, comme les régions et départements, et non sur les échelles de vie des communautés ?

D'autre part, le principe exprimé d'écosystème de la formation, et non de l'apprenance (capacité donnée par une organisation, un lieu, un territoire à tout un chacun pour apprendre en toute autonomie), rejoint la capacité pour l'association de préfiguration à organiser et structurer ce qui sera demain un marché à prendre

En effet, les membres ou tout du moins les responsables des lieux seront peut-être amenés à posséder une formation similaire obligatoire pour obtenir des soutiens publics, que quelques structures accréditées pourront fournir, comme la Coopérative Tiers-Lieux ?

Enfin, comment stimuler une diversité d'espaces, d'organisations et de pratiques socio-économiques pour et par une diversité de territoires si les outils pour initier, animer et développer sont à terme similaires ? 

N'est-ce pas nier encore une fois les singularités et particularités des territoires et donc des communautés ? D'ailleurs, développe-t-on une communauté intentionnelle ? Sans doute une communauté de clients oui ... 

Tout indique donc que le dispositif national, le "parlement des tiers-lieux" et son "bras armé" portent en eux la volonté de se mettre à l'unique service d'une innovation publique d'Etat, et non des territoires.

Un risque qui pourrait faire tendre chaque lieu collectif partagé voulant en être de :


  • recherche d'un leadership administratif, en cherchant à composer des réseaux territoriaux de lieux pensés comme des équipements standardisés, 
  • une course à la labellisation basée sur la compétition, afin d'être visible et crédible des institutionnels et obtenir ainsi la "bourse tiers-lieux", 
  • et dans celle de l'institution normalisante, en animant une communauté devenue captive, afin d'entrer ainsi dans l'espace d'influence politique incontournable de chaque territoire, qui serait alors "à prendre" (électoralement) pour comprendre, tenir et orienter les indépendants devenus la norme demain.


Bien entendu, cette analyse n'est là que pour tenter un décryptage politique du sujet dans une volonté d'objectivité d'ordre général. 

Ainsi, si vous souhaitez décrypter les évolutions récentes de ce champ d'innovation à votre échelle, intervenir ou soutenir sur votre territoire le lancement d'un lieu, d'un réseau ou par une politique publique, contactez-nous.

Construire une dynamique sociale et d'innovation territoriale ne se décrète pas, contactez-nous ! 

Nous intervenons en présentiel et visioconférence sous forme de formation-action, conférence ainsi que par des focus méthodologiques et stratégiques.

Les tiers-lieux et les quartiers de Bretagne : rdv le 2 décembre à Brest !


Alexis Durand Jeanson, de Prima Terra, interviendra, aux côtés de Florence Bazzoli, directrice déléguée du Centre Michel Serres Nantes, avec qui nous travaillons sur les dynamiques de territoires en transition et apprenants, ainsi que quatre autres intervenants, à l'occasion d'une rencontre organisée par le centre de ressources des politiques de la Ville pour la Bretagne et les Pays de la Loire, Réso Villes.

Le thème proposé est "Tiers-lieux et Quartiers", ou comment ces nouveaux espaces préfigurent de nouveaux modes de faire entre communs, créativité et partage.



La rencontre aura lieu entre 9h30 et 12h au Village by CA de Brest.

> Plus d'informations ici !

lundi 4 novembre 2019

Economie créative et développement durable, conférence à Strasbourg




Alexis Durand Jeanson, de PRIMA TERRA, interviendra vendredi 8 novembre 2019 à 15 h 30 à Résonances - salon européen des métiers d'arts de Strasbourg.



La conférence sera sur le thème "économie créative et développement durable, vers une révolution sensible".

Elle permettra d'exposer des exemples, des territoires et les principes directeurs issus de la recherche exploratoire portée par Prima Terra depuis 2014 sur les liens entre arts appliqués et son pendant catégoriel, les métiers d'art, l'ancrage au sein des territoires et l'innovation comme processus itératif apprenant.

> Plus d'informations ici !

mardi 15 octobre 2019

Tiers-lieux, de l'objet à émergences à l’objet de transformations


Article du 10 octobre 2019 par Alexis Durand Jeanson

Tiers-lieux. Le terme résonne fortement depuis notre première cartographie des typologies réalisée en 2014 et publiée sur wikipedia en 2015.

La cartographie à l'origine, rendue publique en 2015


Tiers-lieux. Un terme né dans la tête d’un chercheur urbaniste américain, Ray Oldenburg, en 1991, pour parler à l’origine de ces espaces urbains à l’interface entre ceux dédiés à la fonction Travail et ceux dédiés à la fonction intime du Logement.

Tiers-lieux. Une notion qui fera écho au terme de « non-lieu » de Marc Augé (diffusé à partir de 1992) puis par la proposition du terme « tiers-espace » par Jean Viard (1990), appuyé depuis par les recherches de Martin Vanier en 2013 et aux travaux du LISRA et d’un de ses chercheurs pionniers, Hugues Bazin (à partir de 2013), qui publieront sur les possibilités qu'offrent cette notion, favorable à une « architecture fluide » propre à déployer des modalités et conditions pratiques pour la recherche-action et l'innovation, qu'elle soit sociale ou territoriale.

Tiers-lieux. Une ode au « tiers-paysage » diffusé largement par Gilles Clément et son manifeste du même nom en 2004, à partir de son concept de « jardin planétaire » comme un « fragment indécidé, et constitué de l’ensemble des lieux délaissés par l’homme ». Il sera ensuite abondé par de nombreux écrits et projets portés par des artistes comme Camille They et son « jardin éco-poétique », illustrant ainsi les tiers-jardins au quotidien, comme des ilots de résistance sensible, où règne biodiversité artistique et végétale.

Tiers-lieux. Des configurations propres à repolitiser l’Espace, notamment du Travail, d’après Antoine Burret (cf. sa thèse en 2017), à participer de la construction de dynamiques socio-spatiales pour le Libre et l’Open Source (cf. les travaux de Tilios avec le wiki movilab et de son représentant le plus emblématique, Yoan Duriaux), à l’analyse fine sur le mouvement des « makers » exploré par Michel Lallement  (cf. son livre « L’âge du faire, hacking, travail, anarchie » paru en 2015) ou encore à s’opposer ou tout du moins à se définir au regard des « hyper lieux » de Michel Lussault (cf. son livre de 2017).

Tiers-lieux. Un espace propre à illustrer de façon concrète ce que peuvent être les communs du nouveau siècle, à la fois numérique, spatiaux, sociaux, de connaissance (cf. les travaux de Bretagne Créative notamment et d’un chercheur dynamique sur le sujet, Michel Briand).

Tiers-lieux. Educatifs, pédagogiques, « apprenants ». Des espaces dédiés à l’apprentissage tout au long de la vie, à l’éducation permanente comme dirait nos amis belges, au profit de l’encapacitation et donc de l’autonomisation de ses usagers (cf. les actions du Centre Michel Serres Nantes et de sa directrice, Florence Bazzoli).

Tiers-lieux. Usages, usagers, assistance à maîtrise d’usage. De nouveaux métiers émergent, se structurent, s’étoffent, où la facilitation, l’animation communautaire  et l’encapacitation sont certainement les fils directeurs. On y trouve les métiers de « concierge dictateur bienveillant », de « facilitateur d’intelligence collective », de « fabmanager » et  de « happy officer » en phases d’exploitation de l’espace, ou encore « d’assistance à maîtrise d’usage » lorsque l’on arrive en phase amont, lors de la conception (cf. l'observatoire AMU Occitanie et le livre blanc du réseau AMU France publié en 2019).

Et nous n’aurions pas terminé à définir le tiers-lieu par ses multiples facettes qui le compose, à l’image des évolutions portées lors de la Biennale Internationale de Design de Saint Etienne en 2017.


Cartographie réinterprétée et amendée pour l'expérience "Fork the world" à l'occasion
de la Biennale Internationale de Design de Saint Etienne en 2017


Ainsi, suite à une demande exponentielle depuis 2015 pour employer, partager et travailler à l’aide de notre cartographie des espaces hybrides, voici venu le temps d’un article permettant de faire le point sur ses composantes analytiques.

Des espaces hybrides, d’entre-deux, de la micro-utopie concrète au kolkhoze fordiste

Réalisée à l’époque dans le cadre de l’Institut du Design Territorial créé à Nantes en 2014 avec l’outil en ligne Obsidienne, carnet de notes de recherche ouvert à tous, la cartographie s’est enrichie d’année en année d’éléments complémentaires permettant de déclarer qu’elle se base sur l’analyse de plus de 1 000 lieux observés en France et dans le monde francophone. 

Elle repose néanmoins toujours sur 4 enjeux clés et un transversal. Explications.

Cartographie des espaces hybrides dans sa dernière version, toujours en bêta,
 réalisée par Prima Terra publiée en 2018


Tout d’abord, il faut saisir que les enjeux ne sont pas opposables à première vue dans les tiers-lieux, ces derniers pouvant être amenés à porter en leur sein l’ensemble des composantes. C’est particulièrement le cas d’un certain nombre d’espace de coworking comme ceux labellisés par Relais d’entreprise ou encore par les médiathèques type troisième lieu.

Cependant, chaque lieu étant unique de par son implantation géographique, son territoire, la culture locale qui l’infuse que cette cartographie doit être lue comme un outil d’aide à l’analyse et à la décision.

  • En haut, l’enjeu sociétal se situe face à l’enjeu du bas, l’enjeu entrepreneurial.

Nous avons pu constater que les lieux qui portaient en eux le projet de participer de la transformation de la société avaient souvent un plus faible intérêt à investir le champ de l’entrepreneuriat, sans pour autant provoquer une absence de qualité d’entreprenance, propre à la majorité de ces lieux.

  • A gauche, l’enjeu des biens communs, semble faire se distinguer de l’enjeu de marchandisation qui se trouve à droite, l’un demandant la réalisation d’actions au profit de la Connaissance au profit de tous, le second donnant lieu à la production de services, biens et connaissances au profit de quelques-uns.

On observe malgré tout une très forte hybridation entre ces deux composantes, souvent liées à l’obligation d’équilibre économique de ces lieux, avec des modèles de partenariat public – privé voire populations également.

  • Enfin, l’enjeu transversal de la gouvernance a été placé, renvoyant aux quatre enjeux précédents.

En effet, nous observons lieu après lieu que la question du gouvernement politique et stratégique et de la gestion sociale, juridique et opérationnelle avaient une influence conséquente sur la manière dont ces lieux peuvent porter, ou non, les quatre enjeux dans leurs projets.

Ensuite, nous avons souhaité indiqué des éléments propres distinguant les typologies de lieux les uns des autres. Ainsi, les ZAD vont intrinsèquement exister sur la base d’une lutte communautaire, alors que, à l’opposé, les fablabs intégrés, implantés dans les entreprises, notamment industrielles, vont se distinguer par l’intrapreneuriat, l’innovation de rupture et le choix de cultiver une attractivité d’employeur.

Le tiers-lieu, un objet transitoire pour entrevoir la nouvelle société aux contours encore flous

Ainsi, le tiers-lieu, est aujourd’hui un objet socio-spatial pouvant à la fois exprimer l’idée d’émergence porté par une minorité tout comme celle de transition, avec les communautés intentionnelles pour dire comme les Québécois, les habitats participatifs ou encore les fablabs de quartiers, mais aussi d’expérimentation, de diffusion et d’acceptation de nouveautés, technologiques, managériales ou sociales, avec les espaces de travail partagés, les média labs ou les living labs.

Nous avons ainsi développé des cartographies du processus métier d’initiateur et animateur de tiers-lieu, les modalités pour l’apprenance, le processus pour forger une communauté, etc. que nous mettons à disposition de nos clients et partenaires.

Cela n’est donc pas terminé, ce monde n’est pas encore totalement stabilisé, institutionnalisé et normalisé (cf. cet article) … 

Rendez-vous donc pour la suite des explorations dans les nouveaux territoires !

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