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vendredi 6 septembre 2019

Concepteurs, notre avenir est au pluriel !

Article de décryptage organisationnel des métiers de la conception, particulièrement celui du concepteur de l’Espace comme l’architecte ou le paysagiste, publié initialement le 19 novembre 2018.
Penser le projet, c’est penser le mouvement, l’expression formelle d’une idée politique et le format d’intervention.
De nombreux articles publient régulièrement des analyses sur les nouvelles manières de façonner les marchés comme les projets d’aménagement comme de construction. On ne cite plus les « Inventer le Grand Paris », « Réinventer Paris », « Imagine Angers » et autres concours à la nouveauté d’agir. Les derniers articles du Courrier de l’Architecte, l’un sur les deux places parisiennes aménagées temporairement par un collectif de professionnels du genre et l’autre sur l’avenir de la profession d’architecte furent pour moi deux électrochocs de plus.
Comment être concepteur aujourd’hui, dans un environnement changeant où, particulièrement la demande publique, demandent sans cesse de se renouveler, d’innover, de pratiquer le changement de posture, avec des pressions normalisatrices constantes et l’imbrication du numérique dans l’intimité du bâtiment ?
Il reviendrait donc au professionnel concepteur, l’architecte, le paysagiste, l’urbaniste, l’artisan d’art et d’autres métiers de Création de développer une capacité, non plus à affiner son savoir-faire, mais bien davantage à démultiplier ses possibilités de rechercher de nouveaux concepts, d’initier des projets novateurs voire d’organiser de futures innovations.
Dans ce sens, le concepteur ne serait plus un Homme de l’Art mais un Homme de la Relation, imposant de travailler à plusieurs, toujours plus vite, toujours plus varié, toujours plus différemment.
Mais au fond, pourquoi ?
Pourquoi la forme collective semble-t-être la voix à emprunter pour élaborer la nouveauté, recherche ultime de notre civilisation occidentale ?
Un ami paysagiste concepteur est amené, régulièrement, à discuter avec moi de la forme que devrait prendre son métier. Ces échanges livrent globalement trois formats.
Un premier serait celui du professionnel compétent, capable et patient, passant un grand nombre d’années dans des bureaux d’études techniques et agences de conception à compléter, affiner, approfondir sa technique. La sagesse du projet semblerait alors aller de pair avec la patience d’acquérir, de pratiquer et de construire son expérience du métier. L’ancienneté, non dans l’organisation, mais dans le métier, semblerait alors la règle pour parfaire l’Ouvrage. Tel un compagnon, il apprend le métier en se mettant au service d’un maître, comme c’est encore le cas dans les métiers associant conception et création, les métiers d’art.
Un second serait celui du professionnel militant, dissident, subversif. Cherchant sa propre logique parmi les écoles de pensée qu’il a pu découvrir durant ses formations et ses premières expériences professionnelles, il ne peut s’empêcher de penser autrement. Sa particularité est de vouloir, sans arrêt, explorer, défricher, questionner les normes en place. Tel un artiste ou un révolté, son parcours est à l’image de la Question, relevant sans cesse de nouveaux défis à la Matière, pour tenter d’approcher une réponse plurielle, politique.
Explorateur, il ne peut s’empêcher de tracer sa voie, croisant, hybridant, reliant des idées, des concepts et des formes d’intervention. Naturellement solitaire, il se relie et se délie de dynamiques collectives en fonction de l’avancée de ses idées. Ici, l’Œuvre est peut-être plus importante que l’Ouvrage, provoquant un récit de vie plus qu’un récit de situation, le projet étant au long cours, permanent, et non une réalisation à faire réceptionner par un seul commanditaire.
Enfin, un troisième format existerait, combinaison et extrapolation des deux premiers. Celui-ci semble être privilégié aujourd’hui pour composer, entre besoin alimentaire et quête de sens, entre esprit d’ouverture et besoin de garantie, entre proximité et reliance virtuelle.
Ce troisième format serait celui de l’électron libre - membre de collectif(s). Ainsi, le concepteur cherche alors la force, l’énergie et l’enthousiasme du collectif dans l’œuvre pour compléter, questionner et expérimenter les manières de créer l’ouvrage. A titre d’exemple, comme nous pouvons l’observer dans les interventions « d’urbanisme transitoire » qui sont réalisées dans les friches, à l’instar des Grands Voisins à Paris ou de la Friche Belle de Mai à Marseille, le temps de quelques années, le collectif est la forme privilégiée.
Pourquoi ?
Car ici, le mouvement, la transition est demandée. La Maîtrise d’Ouvrage ne sait plus, elle tâtonne, elle questionne, elle observe. Le financeur lui, n’a pas les moyens de soutenir un projet partiel, il faut que le terrain trouve sa voie, augmente sa valeur socio-spatial, qu’un paysage commun s’exprime pour l’avenir. Le collectif, lui, a l’obligation de saisir les idées dans l’air, de fabriquer des concepts au fil de l’eau, de dessiner dans le sol plutôt que sur l’écran. Il faut que cela se voit, se vive, l’heure est au spectacle ! Ici, l’instant présent a pris le pas sur l’instant futur, ou celui d’hier, éternel.
Pour le professionnel, le collectif est le moyen d’expérimenter sans se griller, de tester sans signer, de concevoir et de créer dans un seul projet, sur de courtes durées, sans attendre des années que l’Espace soit réceptionné. Le collectif devient alors un carrefour de rencontres, un terrain d’expérimentations et une couverture pour « se faire la tête et la main ».
Que penser donc ?
Faut-il imaginer pour le concepteur porte une seule voix(e), une seule posture de travail, une seule manière d’agir ?
Non, il me semble que l’heure est à la multi-casquette, au multi-échelle, au médium multiple, dans des temporalités différentes.
Ainsi, nous rencontrons aujourd’hui des « collectifs dissidents », expérimentant et écrivant simultanément, des « professionnels méritants » élaborant des organisations collectives multi-partenariales, en résidence et selon des démarches d’innovation ouverte et d’autres, des « militants employés », invités à partager leur force d’esprit, leurs capacités d’intervenir artistiquement ou socialement pour venir promouvoir, raconter ou structurer la pensée d’un cabinet.
Le Concepteur, peu importe son métier, se doit donc aujourd’hui de conjuguer sa pratique au pluriel.
Pour s’adapter et évoluer, en se frottant sans cesse à des idées, des disciplines lointaines ; pour parfaire son parcours, en cherchant des formes d’actions adaptées à ses talents ; pour exister, en développant son œuvre ou l’ouvrage, en fonction de ses affinités, de son paysage relationnel, de sa volonté d’agir ; pour habiter, et ainsi se relier à des initiatives locales comme lointaines résonnant avec sa conception du monde. Ainsi, penser une certaine complexité organisationnelle du Projet, de l’Action, revient à accepter la complexité du monde. Rechercher la pluralité des points de vue ne peut donc qu’être un atout pour trouver une pluralité de réponses.
Concepteurs, votre avenir est au pluriel, saisissez-le !
Alexis Durand Jeanson

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