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jeudi 6 mai 2021

[décryptage] La transition, oui, mais pour construire quoi à la place ?

Épisode 2 de l'exploration sur la Transition (revoir l'épisode 1 ici)

 

Jérémy Cottaz, un usager de LinkedIn qui porte un projet de tiers-lieu en Bretagne, publiait ces derniers jours cette publication, qui ne pouvait que nous faire réagir...

Vivement demain ! 🤩 En tout cas, on y travaille 😉

🔀 "Nous assistons à un processus d’hybridation accélérée de notre monde, qui devient la grande tendance de notre temps. Nous commençons enfin à comprendre combien le mélange peut être une véritable chance pour notre société et pour ceux qui l’habitent. Oui, on peut entrecroiser des choses, des métiers, des activités, des personnes, des intentions, des imaginaires, des identités, des intérêts, radicalement différents, voire contradictoires, et de là peut naître une extraordinaire créativité !"

⚠️ "Cette tendance va obliger les politiques publiques, les normes et les réglementations, basées sur une pulsion d’homogénéité, à se réinventer de fond en comble"

Source : Usbek & Rica
#tierslieux #hybridation

https://lnkd.in/dkEXsas

De cette publication, plusieurs réflexions me sont apparues. 


1/ Ici, dans ces lieux du commun que l'on nomme les tiers-lieux, la créativité, les partages "main à la main" et l'économie du lien sont l'expression de cette impermanence, de cette imperfection et de cette instabilité qui caractérisent ces espaces du Tiers.


L'expression même du Tiers s'exprime ici, dans les tiers-lieux, les tiers-espaces, le tiers-secteur, le tiers-habitat, ou encore le tiers-état... 

Car la créativité populaire, au sens de celle qui n'est pas produite ou encadré par l'institutionnel ou produite par l'expert institué, ne peut qu'inviter à favoriser les rencontres improbables, les idées atypiques ou encore les projets insolents, avec des moyens limités, comme tente de l'illustrer depuis quelques années une coopérative en préfiguration que sont Les Localos par exemple.

L'Histoire a déjà illustré cela de nombreuses fois, et s'annonce riche ces prochaines années en effet. 

Par ailleurs, l'éducation permanente et intersticielle devenant une condition de survie pour les nombreux freelances et consultants, artisans, créatifs du web, mais aussi pour les restaurateurs, les gérants de bars et tous entrepreneurs stoppés dans leurs activités par les mesures gouvernementales, ces lieux propices au croisement, à l'interdisciplinaire, aux projets intersectoriels vont avoir tendance à s'amplifier en ces temps post-distanciels ou tout du moins post-troisième confinement...  

Nous l'avions d'ailleurs envisagé avec cet article consacré aux tiers-lieux apprenants.

 

2/ Cependant, le propos de l'auteur de l'article selon lequel "la société industrielle et servicielle [serait] finie" est à nuancer.

Comme l'illustrait le concept de "société hyper-industrielle" exprimée par Pierre Veltz dans son ouvrage de 2017 ou encore celui consacré la même année aux "hyperlieux" de Michel Lussault , cela tend à démontrer l'inflation des espaces hybrides certes, croisant la rencontre physique et digitale, mais non la fin des industries et services de masse.

Ces derniers sont et seront davantage encore demain en capacité d'impulser, d'organiser et d'homogénéiser les moments de rencontres mondiaux partout sur la planète, au même moment, autour d'un sujet commun.

Par ailleurs, comment imaginer que les "agences des standards", comme l'AFNOR en France qui est un des leaders internationaux de création de normes, l'Etat ou les institutions en général insufflent demain une "dénormalisation", qui requestionnerait leurs pouvoirs et leurs légitimités, et finalement une dérégulation des standards communs ?

Il me semble que nous tendons davantage vers une polarisation accrue ces prochaines années entre deux mondes, deux économies, deux modalités de construction communautaire qui vont se déployer, et non l'une sans l'autre.

En effet, on peut tout à fait évoquer demain, lors d'un déclin progressif de la pandémie de la Covid-19, qu'une économie mondiale sera confortée, autour d'une liberté de circulation des biens et des finances, au détriment cependant d'une liberté plus limitée des individus, conditionnée par des critères sanitaires et autres.

Cette "liberté" optionnelle feront de ceux qui s'en accommoderont, des usagers de nouvelles règles organisatrices de ces circulations. Le voyageur d'affaires continuera, mais peut-être pas ou moins le touriste d'autrefois.

C'est alors à l'échelle régionale, au sens des politiques européennes et de la pensée mercatique, et à l'échelle locale, au sens du bassin de vie, que se joueront peut-être davantage demain de nouveaux croisements, de nouveaux cercles, de nouvelles hybridations volontaires, tout du moins dans sa dimension présentielle.

 

3/ Car en effet, l'hybridation sera la norme à l'échelle locale, avec trois finalités possibles.

A première vue, nous pouvons imaginer trois états d'hybridation possible, que nous avions exploré avec ces trois visions des paysages, à la fois dans les perceptions et les imaginaires territoriaux, présentées sous la forme d'un article du 15 octobre 2019 ici.

Extrait de l'article "Les 3 mondes, de la ville-monde à la maison-moi, un autre monde est possible"
 

 

Ces trois états d’existence n'existeraient pas forcément l'une sans l'autre, mais plutôt l'une par rapport à l'autre...

- Le premier, un état gazeux, permettant de favoriser l'état sauvage et organique du résultat de pollinisations croisées, autour de l'idée de se constituer et se relier autour d'archipels de survivance, dans des tendances stylistiques momentanées ou encore de résistances, que cela soit par des luttes affinitaires, ethniques ou religieuses. 

Ici, la Ville-Monde s'installe... que cela soit par des mouvements reliés de ZAD, des Oasis Colibris, à des pétitions en ligne ou aux réseaux d'Incubateurs de la French Tech.

- un autre état, plutôt floculé, autour d'une entité locale garante d'une ressource locale, donc d'un moyen d'organisation pour sécuriser un bien-vivre à sauvegarder ou d'une ressource partagée à reconstruire. 

Là, le Local-Monde survient... par des Centrales Villageoises, des réseaux d'AMAP et ses formes plus modernes de lien à l'agriculture de subsistance, ou encore autour d'une coopérative d'intérêt collectif autour de la culture.

- ou encore un état liquide, de recontextualisation apparente d'un concept planétaire à l'échelle d'une zone linguistique commune, d'une région ou d'un bassin de vie, agile structurellement et plateformisée juridiquement, dont le possédant sera une entité supra locale au service d'un besoin fondamental ou plus épisodique d'usagers locaux, mais dont le produit de cette hybridation reviendrait à ... nul ne saurait le dire à ce stade. 

Ici, le paysage de la Maison-Moi s'illustre... par les plateformes de participation citoyenne en ligne, les nouvelles coopératives de consomm'acteurs comme Railcoop, C'est Qui le Patron ? ou encore avec des plateformes comme Netflix...


Comme on peut le lire, un paysage de l'imaginaire n'est pas suffisant pour inventer l'avenir.

Car si l'archipel de lieux et de collectifs permet de se relier, retrouver des dynamiques collectives, les perspectives communes sont éparses et potentiellement ponctuelles, l'état liquide nous invite à ne construire que des relations contractualisées, réglementaires ou concurrentielles, ne se penchant que sur des besoins fondamentaux ou des alliances de circonstances ou de survivance.

Par ailleurs, l'état floculé ne peut exister seul, sans relier ces constellations locales par d'autres relations que celles de la proximité immédiate, quotidienne ou intéressée.


Etre co-acteur

Extrait d'un webinaire de 2021 d'Anne et Patrick Beauvillard sur la coopération


Ainsi, il nous semble intéressant d'aller questionner comment et pour quelles finalités ces trois états peuvent-elles demain exister dans le cadre de période transitoire.

En effet, la sphère publique, le monde du privé marchand à but lucratif ou non, ou encore celui des populations peuvent demain s'inscrire dans l'un ou l'autre de ces états. 

Car si demain l'hybridation devient la norme, la perte de repères sera donc également la condition sine qua none.

Mais si les repères actuels s'effacent au profit d'un croisement des regards, des métiers et des identités des lieux et des hommes, qu'est-ce qui fera encore société ?

 

Est-ce le Marché, les idéologies ou les mouvements religieux, donnant à vivre le pouls d'une société devenue gazeuse, les désirs étant nommés besoins, finalités ou causes ultimes ?

Est-ce l'Etat, donnant à voir des relations organisées autour d'artifices, de dispositifs et d'un contrat reliant plus ou moins artificiellement les êtres entre eux ?

Est-ce la terre, le territoire, les histoires locales et les relations quotidiennes autour d'échanges monétaires et désintéressés, donnant à réinventer des projets communs et locaux ?


Ces questions, nous les avions pointé du doigt lors de la constitution, année après année, de cette cartographie des espaces hybrides. En effet, les enjeux défendus ou convoités ne sont pas forcément les mêmes en fonction de l'orientation choisie pour construire ces lieux tiers...

 

Cartographie des espaces hybrides de 2019, conception PRIMA TERRA

 

Il nous semble donc intéressant d'explorer demain quel horizon souhaitons-nous en insufflant des transitions en réorganisant des lieux, des relations, des connaissances et des économies associées ? 

Plus que l'hybridation, il nous semble important d'aller questionner la trajectoire que nous souhaitons stimuler demain dans notre quotidien, les nouveaux repères à reconstruire et le chef d’œuvre collectif à forger.

En effet, l'hybridation, fruit d'un processus d'innovation, ne peut que construire des "vides culturelles", favorables à la montée en puissance de ceux qui prônent des repères à priori indiscutables que sont le pragmatisme mercatique, les fondements religieux politisés ou encore les idéologies.

Ainsi, il nous semble pertinent d'inscrire l'innovation et l'hybridation des savoirs d'un attachement et d'une reliance à ce qui nous entoure de vivant, de traditions et savoirs vernaculaires. 

C'est ce que nous appelons l'innovation territoriale, qui se met au service de ceux qui habitent, se nourrissent et fertilisent leur quotidien proche, tout en partageant et inspirant avec d'autres contrées, plus ou moins lointaines, leurs pratiques, représentations et usages, sans toutefois leur imposer leur propre modèle.


Et vous, qu'en pensez-vous ?

Si vous souhaitez participer à cette exploration sur le mot Transition, nous vous invitons à nous contacter. :)

 

Alexis Durand-Jeanson, le 03 mai 2021

 

mercredi 22 juillet 2020

Faire école passe par la promotion de notre écosystème ... vivant !


Nous pensons, au sein de P R I M A   T E R R A, que faire école passe par la mise en visibilité, la promotion et le partage de notre écosystème.

En effet, comment démontrer qu'il faut se relier, penser l'Action par les alliances et l'interdisciplinarité et que les biens communs numériques sont l'avenir si nous ne le démontrons pas nous-mêmes ?

Pour cela, nous avons pris les choses en main, avec nos petites mains (!), pour vous présenter nos amis, partenaires et acteurs inspirants qui gravitent dans nos projets, nos lectures, nos actions.

Pour cela, découvrez dès maintenant notre TV sur YouTube avec des chaînes thématiques :
  • Les Faiseux, pour découvrir des parcours inspirants de professionnels (exemples ici ou ) ;
  • Les Fiers-lieux, pour explorer le monde des espaces hybrides où le tiers s'exprime...
  • Sciences & Société, pour apprendre et comprendre les nouvelles formes d'accès à la Connaissance ;
  • Usagers, pour s'imprégner de la culture du "faire ensemble" dans les projets, au service de notre autonomie ;
  • Révolution Sensible, pour vivre des moments arts et métiers où la Création fait écho au civisme et à l'innovation d'utilité territoriale ;
  • Université Créative, pour découvrir des projets pédagogiques basés sur des commandes réelles, à l'IUT, au CNAM et au Centre Michel Serres ;
  • et enfin, Prima Terra, pour se focaliser sur des concepts et retours d'expériences spécifiques que nous avons pu vivre dans nos projets depuis 2010.

Mais comme nous ne sommes pas des pros de la vidéo et encore moins des YouTubers (!), nous vous invitons à partager :

- vos rencontres inspirantes et réjouissantes à mettre en valeur, 
- vos contacts, pour une interview souriante, 
- vos compétences, pour booster notre initiative ...

et faire de cette TV, votre TV révélatrice des talents inspirants, un moteur vivant au service de nos territoires, de notre bien-vivre, de nos actions à impact positif !

> Entreprenez ancré, abonnez-vous !


mercredi 27 novembre 2019

Tiers-Lieux de l'Etat, en avant toute !


Le jeudi 21 novembre 2019 à 12h30 avait lieu la première visio-conférence "Facebook live" proposée par le Bureau de l'association de préfiguration nationale des Tiers-Lieux, intitulée sur leur page facebook Tiers-Lieux France.


Alexis Durand Jeanson, de Prima Terra, a pu la suivre en direct.
Retour sur la présentation. Vous pouvez également retrouver l'intégralité de la vidéo du direct ici.

Patrick Lévy-Waitz, président de l'association et rédacteur du rapport "Mission coworking - Faire ensemble pour mieux vivre ensemble" (dans lequel les travaux de Prima Terra sont plusieurs fois cités), Marie-Laure Cuvelier, secrétaire général et cofondatrice de la Coopérative Tiers-lieux en Nouvelle-Aquitaine, ainsi que Cécile Galoselva, trésorière et fondatrice de la foncière Etic, étaient les intervenants.


Ces derniers sont intervenus suite à la clôture du conseil d'administration de l'association, composée de 21 membres.

Les trois membres du Bureau présentent le projet associatif
Aujourd'hui, pour rappel, suite au lancement du plan national Tiers-Lieux nouveaux lieux, nouveaux liens en juin 2019 par le Gouvernement Français, l'Etat a demandé aux acteurs de s'organiser de façon à rendre visible les dynamiques et besoins des tiers-lieux.

Pour cela, l'Etat avait invité 300 acteurs à cette journée de lancement, écosystème d'acteurs de la sphère tiers-lieux (opérateurs-facilitateurs comme Prima Terra, promoteurs et financeurs, porteurs de projets et de lieux, réseaux d'espaces...).

De ces 300 personnes, 63 ont été invitées à constituer le  Conseil National des Tiers-Lieux, préfiguratif de la future structure, si possible coopérative, que devra être le Conseil National des Tiers-Lieux, qui devra être créé d'ici fin 2020.

A ce jour, le Conseil National des Tiers-Lieux est chargé, telle une instance représentative de la "filière", de rendre visible les différentes typologies de tiers-lieux en France. 

"Le CNTL est le porte-parole des besoins du terrain et de sa diversité". 

A ces côtés, la mission de l'association de préfiguration France Tiers-Lieux a été présentée comme "le bras armé du Conseil National des Tiers-Lieux", en "permettant d'outiller les acteurs suite au diagnostic de terrain réalisé par le CNTL". 

De façon plus générale, l'association de préfiguration a pour but de :


  • soutenir l'émergence de réseaux régionaux ou départementaux,
  • de mettre des outils en commun, existants ou à créer,
  • de développer des partenariats entre les tiers-lieux et les acteurs publics ou privés,
  • d'aider à lever les freins à leurs activités.


"L'association doit pouvoir être le guichet unique des tiers-lieux"

Ici, on peut être inquiet par la façon dont les tiers-lieux, qui sont l'illustration spatiale d'une dynamique collective locale organisée en communauté de savoirs et de pratiques peuvent, à terme, devenir des équipements territoriaux de plus. En effet, dilués de leur essence, qui est de composer des relations et des organisations basées sur la solidarité, la réciprocité, l'intérêt collectif, ils sont l'ambassade du Tiers-Secteur, ni lieu porté par l'économie publique redistributive, ni par celle de l'économie privée monétaire marchande.

On peut notamment reprendre les schémas d'Alternatives Economiques pour tenter d'expliciter le propos.

Dans un premier visuel, on lit bien les différences entre les économies et ainsi où la communauté du tiers-lieu peut se situer. Bien entendu, le tiers-lieu "ne se décrète pas, il s'invente". En cela, la communauté ne doit pas s'organiser, au départ tout du moins, autour d'opportunités de financements publics ou privés.

Cependant, vous remarquerez aujourd'hui que le terme lui-même étant galvaudé, le principe de communauté solidaire n'est plus très présente dans ces lieux estampillés... C'est d'ailleurs pour cela qu'à Prima Terra, nous avons toujours parlé "d'espace hybride" dont les tiers-lieux sont une des typologies.


Sur le deuxième visuel, ce qui est intéressant, c'est de voir l'hybridation entre les sphères économiques. Et c'est là que le tiers-lieu peut trouver sa place, s'il souhaite passer d'un modèle économique basé non plus seulement sur la viabilité et la solidarité entre ses membres, mais sur la rentabilité économique.

Bien entendu, plus l'effort sera donné sur le principe de retour sur investissement des deniers publics ou privés, plus le tiers-secteur non monétaire sera délaissé...



Par ailleurs, le Bureau a ensuite présenté sur quoi l'association planchait à ce jour. Sous la forme de groupes de travail thématique, au nombre de trois, elle tente de trouver des réponses à trois sujets identifiés par le CNTL :

  • 1/ "Quelle fiscalité pour les tiers-lieux ?", ou ce qu'il serait possible de créer comme outils fiscaux et immobiliers pour favoriser l'émergence, le développement et la pérennisation des lieux ;
  • 2/ "Formation et reconnaissance des compétences", ou les manières de rendre visible et légitime les savoirs développés par les membres des lieux et d'organiser l'écosystème propre à les faire monter en compétences ;
  • 3/ "Les outils communs", groupe de travail pensé selon le fil rouge selon lequel l'association pourrait être demain le centre de ressources documentaires à mettre en oeuvre à l'échelle nationale.


Pour tous ces travaux, il semblerait que l'association est mis en ligne un forum ouvert, afin de rendre accessible et contributif les réflexions des membres.


Il est intéressant de constater que la dynamique nationale semble faire tendre des lieux indépendants les uns des autres pour la plupart, hormis les franchises, vers une une agrégation administrative, une institutionnalisation descendante et une normalisation diluante de ce qui serait à terme un tiers-lieu en France. 

En effet, comment ne pas voir l'association de préfiguration comme un outil au service de la construction de réseaux de lieux uniquement basés sur des échelles administratives, comme les régions et départements, et non sur les échelles de vie des communautés ?

D'autre part, le principe exprimé d'écosystème de la formation, et non de l'apprenance (capacité donnée par une organisation, un lieu, un territoire à tout un chacun pour apprendre en toute autonomie), rejoint la capacité pour l'association de préfiguration à organiser et structurer ce qui sera demain un marché à prendre

En effet, les membres ou tout du moins les responsables des lieux seront peut-être amenés à posséder une formation similaire obligatoire pour obtenir des soutiens publics, que quelques structures accréditées pourront fournir, comme la Coopérative Tiers-Lieux ?

Enfin, comment stimuler une diversité d'espaces, d'organisations et de pratiques socio-économiques pour et par une diversité de territoires si les outils pour initier, animer et développer sont à terme similaires ? 

N'est-ce pas nier encore une fois les singularités et particularités des territoires et donc des communautés ? D'ailleurs, développe-t-on une communauté intentionnelle ? Sans doute une communauté de clients oui ... 

Tout indique donc que le dispositif national, le "parlement des tiers-lieux" et son "bras armé" portent en eux la volonté de se mettre à l'unique service d'une innovation publique d'Etat, et non des territoires.

Un risque qui pourrait faire tendre chaque lieu collectif partagé voulant en être de :


  • recherche d'un leadership administratif, en cherchant à composer des réseaux territoriaux de lieux pensés comme des équipements standardisés, 
  • une course à la labellisation basée sur la compétition, afin d'être visible et crédible des institutionnels et obtenir ainsi la "bourse tiers-lieux", 
  • et dans celle de l'institution normalisante, en animant une communauté devenue captive, afin d'entrer ainsi dans l'espace d'influence politique incontournable de chaque territoire, qui serait alors "à prendre" (électoralement) pour comprendre, tenir et orienter les indépendants devenus la norme demain.


Bien entendu, cette analyse n'est là que pour tenter un décryptage politique du sujet dans une volonté d'objectivité d'ordre général. 

Ainsi, si vous souhaitez décrypter les évolutions récentes de ce champ d'innovation à votre échelle, intervenir ou soutenir sur votre territoire le lancement d'un lieu, d'un réseau ou par une politique publique, contactez-nous.

Construire une dynamique sociale et d'innovation territoriale ne se décrète pas, contactez-nous ! 

Nous intervenons en présentiel et visioconférence sous forme de formation-action, conférence ainsi que par des focus méthodologiques et stratégiques.

Les tiers-lieux et les quartiers de Bretagne : rdv le 2 décembre à Brest !


Alexis Durand Jeanson, de Prima Terra, interviendra, aux côtés de Florence Bazzoli, directrice déléguée du Centre Michel Serres Nantes, avec qui nous travaillons sur les dynamiques de territoires en transition et apprenants, ainsi que quatre autres intervenants, à l'occasion d'une rencontre organisée par le centre de ressources des politiques de la Ville pour la Bretagne et les Pays de la Loire, Réso Villes.

Le thème proposé est "Tiers-lieux et Quartiers", ou comment ces nouveaux espaces préfigurent de nouveaux modes de faire entre communs, créativité et partage.



La rencontre aura lieu entre 9h30 et 12h au Village by CA de Brest.

> Plus d'informations ici !

mardi 15 octobre 2019

Tiers-lieux, de l'objet à émergences à l’objet de transformations


Article du 10 octobre 2019 par Alexis Durand Jeanson

Tiers-lieux. Le terme résonne fortement depuis notre première cartographie des typologies réalisée en 2014 et publiée sur wikipedia en 2015.

La cartographie à l'origine, rendue publique en 2015


Tiers-lieux. Un terme né dans la tête d’un chercheur urbaniste américain, Ray Oldenburg, en 1991, pour parler à l’origine de ces espaces urbains à l’interface entre ceux dédiés à la fonction Travail et ceux dédiés à la fonction intime du Logement.

Tiers-lieux. Une notion qui fera écho au terme de « non-lieu » de Marc Augé (diffusé à partir de 1992) puis par la proposition du terme « tiers-espace » par Jean Viard (1990), appuyé depuis par les recherches de Martin Vanier en 2013 et aux travaux du LISRA et d’un de ses chercheurs pionniers, Hugues Bazin (à partir de 2013), qui publieront sur les possibilités qu'offrent cette notion, favorable à une « architecture fluide » propre à déployer des modalités et conditions pratiques pour la recherche-action et l'innovation, qu'elle soit sociale ou territoriale.

Tiers-lieux. Une ode au « tiers-paysage » diffusé largement par Gilles Clément et son manifeste du même nom en 2004, à partir de son concept de « jardin planétaire » comme un « fragment indécidé, et constitué de l’ensemble des lieux délaissés par l’homme ». Il sera ensuite abondé par de nombreux écrits et projets portés par des artistes comme Camille They et son « jardin éco-poétique », illustrant ainsi les tiers-jardins au quotidien, comme des ilots de résistance sensible, où règne biodiversité artistique et végétale.

Tiers-lieux. Des configurations propres à repolitiser l’Espace, notamment du Travail, d’après Antoine Burret (cf. sa thèse en 2017), à participer de la construction de dynamiques socio-spatiales pour le Libre et l’Open Source (cf. les travaux de Tilios avec le wiki movilab et de son représentant le plus emblématique, Yoan Duriaux), à l’analyse fine sur le mouvement des « makers » exploré par Michel Lallement  (cf. son livre « L’âge du faire, hacking, travail, anarchie » paru en 2015) ou encore à s’opposer ou tout du moins à se définir au regard des « hyper lieux » de Michel Lussault (cf. son livre de 2017).

Tiers-lieux. Un espace propre à illustrer de façon concrète ce que peuvent être les communs du nouveau siècle, à la fois numérique, spatiaux, sociaux, de connaissance (cf. les travaux de Bretagne Créative notamment et d’un chercheur dynamique sur le sujet, Michel Briand).

Tiers-lieux. Educatifs, pédagogiques, « apprenants ». Des espaces dédiés à l’apprentissage tout au long de la vie, à l’éducation permanente comme dirait nos amis belges, au profit de l’encapacitation et donc de l’autonomisation de ses usagers (cf. les actions du Centre Michel Serres Nantes et de sa directrice, Florence Bazzoli).

Tiers-lieux. Usages, usagers, assistance à maîtrise d’usage. De nouveaux métiers émergent, se structurent, s’étoffent, où la facilitation, l’animation communautaire  et l’encapacitation sont certainement les fils directeurs. On y trouve les métiers de « concierge dictateur bienveillant », de « facilitateur d’intelligence collective », de « fabmanager » et  de « happy officer » en phases d’exploitation de l’espace, ou encore « d’assistance à maîtrise d’usage » lorsque l’on arrive en phase amont, lors de la conception (cf. l'observatoire AMU Occitanie et le livre blanc du réseau AMU France publié en 2019).

Et nous n’aurions pas terminé à définir le tiers-lieu par ses multiples facettes qui le compose, à l’image des évolutions portées lors de la Biennale Internationale de Design de Saint Etienne en 2017.


Cartographie réinterprétée et amendée pour l'expérience "Fork the world" à l'occasion
de la Biennale Internationale de Design de Saint Etienne en 2017


Ainsi, suite à une demande exponentielle depuis 2015 pour employer, partager et travailler à l’aide de notre cartographie des espaces hybrides, voici venu le temps d’un article permettant de faire le point sur ses composantes analytiques.

Des espaces hybrides, d’entre-deux, de la micro-utopie concrète au kolkhoze fordiste

Réalisée à l’époque dans le cadre de l’Institut du Design Territorial créé à Nantes en 2014 avec l’outil en ligne Obsidienne, carnet de notes de recherche ouvert à tous, la cartographie s’est enrichie d’année en année d’éléments complémentaires permettant de déclarer qu’elle se base sur l’analyse de plus de 1 000 lieux observés en France et dans le monde francophone. 

Elle repose néanmoins toujours sur 4 enjeux clés et un transversal. Explications.

Cartographie des espaces hybrides dans sa dernière version, toujours en bêta,
 réalisée par Prima Terra publiée en 2018


Tout d’abord, il faut saisir que les enjeux ne sont pas opposables à première vue dans les tiers-lieux, ces derniers pouvant être amenés à porter en leur sein l’ensemble des composantes. C’est particulièrement le cas d’un certain nombre d’espace de coworking comme ceux labellisés par Relais d’entreprise ou encore par les médiathèques type troisième lieu.

Cependant, chaque lieu étant unique de par son implantation géographique, son territoire, la culture locale qui l’infuse que cette cartographie doit être lue comme un outil d’aide à l’analyse et à la décision.

  • En haut, l’enjeu sociétal se situe face à l’enjeu du bas, l’enjeu entrepreneurial.

Nous avons pu constater que les lieux qui portaient en eux le projet de participer de la transformation de la société avaient souvent un plus faible intérêt à investir le champ de l’entrepreneuriat, sans pour autant provoquer une absence de qualité d’entreprenance, propre à la majorité de ces lieux.

  • A gauche, l’enjeu des biens communs, semble faire se distinguer de l’enjeu de marchandisation qui se trouve à droite, l’un demandant la réalisation d’actions au profit de la Connaissance au profit de tous, le second donnant lieu à la production de services, biens et connaissances au profit de quelques-uns.

On observe malgré tout une très forte hybridation entre ces deux composantes, souvent liées à l’obligation d’équilibre économique de ces lieux, avec des modèles de partenariat public – privé voire populations également.

  • Enfin, l’enjeu transversal de la gouvernance a été placé, renvoyant aux quatre enjeux précédents.

En effet, nous observons lieu après lieu que la question du gouvernement politique et stratégique et de la gestion sociale, juridique et opérationnelle avaient une influence conséquente sur la manière dont ces lieux peuvent porter, ou non, les quatre enjeux dans leurs projets.

Ensuite, nous avons souhaité indiqué des éléments propres distinguant les typologies de lieux les uns des autres. Ainsi, les ZAD vont intrinsèquement exister sur la base d’une lutte communautaire, alors que, à l’opposé, les fablabs intégrés, implantés dans les entreprises, notamment industrielles, vont se distinguer par l’intrapreneuriat, l’innovation de rupture et le choix de cultiver une attractivité d’employeur.

Le tiers-lieu, un objet transitoire pour entrevoir la nouvelle société aux contours encore flous

Ainsi, le tiers-lieu, est aujourd’hui un objet socio-spatial pouvant à la fois exprimer l’idée d’émergence porté par une minorité tout comme celle de transition, avec les communautés intentionnelles pour dire comme les Québécois, les habitats participatifs ou encore les fablabs de quartiers, mais aussi d’expérimentation, de diffusion et d’acceptation de nouveautés, technologiques, managériales ou sociales, avec les espaces de travail partagés, les média labs ou les living labs.

Nous avons ainsi développé des cartographies du processus métier d’initiateur et animateur de tiers-lieu, les modalités pour l’apprenance, le processus pour forger une communauté, etc. que nous mettons à disposition de nos clients et partenaires.

Cela n’est donc pas terminé, ce monde n’est pas encore totalement stabilisé, institutionnalisé et normalisé (cf. cet article) … 

Rendez-vous donc pour la suite des explorations dans les nouveaux territoires !

jeudi 26 septembre 2019

Tiers-lieux : pensons les fabriques ensemble !

Article de décryptage méthodologique de l'AMI Tiers-lieux lancé par le Gouvernement Français en 2019

L'Etat avait lancé le 17 juin 2019 une journée à la Cité Fertile en Ile-de-France pour annoncer la politique nationale dédiée aux espaces hybrides, sous l'énoncé "Nouveaux lieux, nouveaux liens - L'Etat s'engage pour les tiers-lieux dans les territoires".
A cette occasion, un futur Conseil National des Tiers-lieux avait été initié, rassemblant 300 acteurs de cette dynamique socio-spatiale, permettant de construire à terme une coopérative chargée de rassembler, fédérer, organiser et animer la filière tiers-lieux. Votre serviteur faisait d'ailleurs parti des invités.

Aucun texte alternatif pour cette image
L'été arrivant, un appel à manifestation d'intérêt est sorti permettant à des acteurs publics et variés, des territoires puissent se rendre identifiables selon deux entrées.
  • La première, en présentant un projet de "Fabrique numérique de territoire", avec une localisation dans un quartier prioritaire ou à proximité, portant des activités numériques et avec un renforcement de son action en compétences numériques et appropriation technologique par les habitants ;
  • La seconde, en tant que "Fabrique de territoire", à savoir un lieu ressource pour le réseau de tiers-lieux du territoire, donc les systèmes coopératifs, de nouvelles formes d'apprentissage par le faire, donc l'apprenance et la montée en compétences numériques.
Vous pouvez retrouver toutes les informations ici.
Cela peut permettre d'obtenir entre 50 000 et 150 000 euros par projet !
Etant depuis 2014 en exploration pratique et conceptuelle sur le sujet, et ceux connexes comme l'apprenance, l'assistance à maîtrise d'usage globale, l'innovation territoriale ou les réseaux de coopération inter-filière (cf. ici avec le portail espaces hybrides et les articles ici, à cet endroit ou ), plusieurs acteurs et territoires sont revenus vers moi pour les soutenir méthodologiquement dans la conception et l'élaboration stratégique du projet.
Dans une logique de coopération ouverte, je vous livre ici quelques-unes des ressources que je mobilise dans ce cadre.
Parmi les éléments importants à avoir en tête dans le cadre de l'ingénierie projet à proposer, voici les principaux, au regard des critères d'évaluation des dossiers :
Complexe, vous ne trouvez pas ?
Alors, si vous aussi, vous souhaitez un regard extérieur sur votre projet, contactez-nous !
Alexis Durand Jeanson, PRIMA TERRA alexis@prima-terra.fr

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