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mercredi 9 mars 2016

[lu sur l'Internet] La contre-culture et le numérique, une histoire qui dérange


Suite à une veille de la Plate-forme "Créativité et Territoires" dont nous sommes membres, nous avons découvert cet article, fort intéressant ...

Comment la gauche et la contre-culture sont tombées dans le piège de l'utopie numérique" par Jean-Laurent Cassely sur Slate sur les travaux de l'historien américain Fred Turner, du département des sciences de la communication de l'université de Stanford.

Voici quelques extraits, vous laissant méditer sur le sujet, renvoyant aux principes que nous défendons à travers les "espaces hybrides", le développement d'un "écosystème relationnel", le développement de "territoire de projet" s'appuyant sur le patrimoine matériel et immatériel, etc.

Nous lisons ainsi le renvoi à la notion de "communauté de conscience", reliant les personnes à un seul état de pensée, sans structure sociale ni hiérarchie, qui rappelle les notions de "communauté de pratiques", "communauté de savoirs", "communauté de marque"...
 Tout le logiciel si on peut dire de l’utopisme numérique était déjà présent à la racine du mouvement d'exode collectif des hippies vers les communautés, qui «voyaient dans la transformation de la conscience le point de départ d’une réforme de la structure sociale américaine», écrit-il dans Aux sources de l'utopie numérique, une histoire de la filiation entre contre-culture et cyber-culture.

Mais où une des branches de contre-culture américaine a choisi de s'écarter d'une dimension politique dans son utopie, préférant trouver "ses armes" dans les technologies ...  
«Il y a un genre particulier de contre-culture qui est californien. La France a clairement eu une contre-culture, avec Mai 68, mais il y a une différence fondamentale: J’ai toujours pensé à la contre-culture française comme étant politique, les gens marchaient dans la rue, comprenaient que la politique et les partis politiques étaient très importants… 
En Californie la contre-culture s’est scindée en deux branches. L’une était politique, et ressemblait beaucoup à ce qui se passait à Paris, et c’est ce qu’on appelait la "new left" ["nouvelle gauche"], mais l’autre branche, celle qui a vraiment influencé le monde des ordinateurs, s’est éloignée de la politique, a refusé la politique, en disant que la politique est le problème et pas la solution. Et que nous devons au contraire nous tourner vers le marché, vers les technologies de petite taille, et construire ce qu’ils appelaient à l’époque des communautés de conscience, c’est à dire dans lesquelles il n’y avait pas de règles, pas de bureaucratie, pas de politique mais seulement un état d’esprit partagé... 
Cette idée était très puissante en Californie en particulier, et ce sont les gens associés à ce bord de la contre-culture qui ont travaillé avec le monde des ordinateurs. C’était donc un mouvement très local.»

Où il est possible de lire que l'entrepreneuriat, vu par la majorité de nos concitoyens comme la réponse aux difficultés cycliques de notre société, serait un mythe, un mirage social ...

Qu'est-ce que l'Economie Sociale et Solidaire, la Créativité en entreprise, "l'écosystème entrepreneurial" prôné par des lieux branchés de Paris et d'ailleurs sans finalité autre que créer une valeur marchande, non reliée à un projet de société, de transformation sociale ?

«Je pense qu’on vit encore dans l’ombre de l’idéologie de la nouvelle économie, celle selon laquelle les individus sont supposés être des entrepreneurs, laisser derrière eux les institutions afin d’explorer leur propre créativité, devenir des citoyens émancipés et changer le monde».

Et voici les caractéristiques de "l'utopie communautaire", selon Turner :
C’est justement le legs principal de l’esprit des communautés (le «Nouveau communalisme») selon Turner: le rêve «d’un monde du travail communautaire au sein duquel la vie de tous les jours et le travail seraient la même chose, reliés l’un à l’autre, où on ne serait pas partie prenante du marché, mais dans lequel on serait un paysan, un mari, toutes les choses que nous pouvons être en même temps […] D’un endroit où on puisse être soi-même, où on puisse être créatif, tout en en faisant son travail. Et c’est un rêve de contre-culture».

Les GAFA et sa culture dominante s'appuient sur des éléments de cette contre-culture pour exister, mobiliser et démontrer leurs rôles dans la société.
«Les nouveaux programmeurs utilisent tactiquement des élements [de la contre-culture] comme la communauté de conscience, Google utilise beaucoup cette idée: quand ils vont à Washington et disent “nous changeons le monde, nous faisons les choses différemment, nous construisons une nouvelle humanité connectée”: c’est un nouveau communalisme, qu’ils utilisent à leur avantage.»

Et voici le risque, d'après l'auteur, de création d'un fossé social entre les "entrepreneurs numérisés mais déshumanisés" et les "adultes cultivés" ... où le contexte collaboratif est roi et la fabrication d'un objet l'accomplissement de soi.
«Ce qui se passe, c’est que le monde de la technologie a capturé le travail d’éducation personnelle que les jeunes doivent réaliser et que d’une certaine manière, la Californie a réussi à convaincre le monde entier qu’il fallait désormais être entrepeneur dans un contexte collaboratif et fabriquer un produit pour devenir une personne accomplie. 
Et une de mes peurs, c’est qu’à mesure que la technologie imprègne nos vies, le travail traditionnel d'apprentissage que permettent la littérature et l’histoire soient repoussés dans les marges, et que les jeunes finissent par confondre la chance d’avoir une entreprise de la chance de devenir adulte, alors que ce sont deux choses très différentes

Si vous pensez, vous aussi, que la culture numérique et technologique ne peut exister seule, qu'elle doit nourrir les projets mais en aucun cas devenir une finalité, que l'utopie doit dicter votre volonté, s'appuyant sur vos racines culturelles pour exister, vous n'avez plus qu'un pas à faire.

Bienvenue dans le jardin de Prima Terra !

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