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vendredi 4 octobre 2019

Interview sur les "tiers-lieux éducatifs" par un étudiant de l'ESPE Paris

Dans le cadre de sa première année de master "pratique et ingénierie de la formation" à l'ESPE de Paris, Grégoire Rouyer devait effectuer une recherche sur les "tiers lieux éducatifs".

En explorant l'écosystème de Prima Terra, il s'est rapproché de nous pour échanger avec nous et mieux comprendre notre regard sur le sujet.

Retour d'échanges !


1) Bonjour Alexis Durand Jeanson. 
Pour commencer, quel est votre parcours et qu'est ce qui vous a amené à travailler sur les tiers lieux éducatifs ?

​Je suis paysagiste de formation initiale avec un complément de formation en systèmes de management intégré et management par projets. 
Depuis 2010 à mon compte avec Prima Terra que j'ai cofondé, nous avons accompagné de nombreux projets en lien avec l'Espace public et collectif, l'aménagement et les politiques territoires, la plupart très expérimentaux, tout en créant des associations-réseaux qui avaient tous pour objectif de décloisonner les démarches, tester, se relier à d'autres réflexions, métisser les pratiques, écrire les histoires vécues. Une forme d'apprenance finalement !

Le passage dans le monde de la Recherche-Action à partir de 2013 fut la suite logique : comment modéliser chaque projet pour bénéficier d'un effet d'expériences partageables et mobilisables systématiquement, dans une logique de culture wiki, au service du Bien commun ? 

La recherche-action fut la démarche, le tiers-lieu éducatif le fil rouge, même si non conscient à l'époque.

A partir de 2013, nous avons pointé du doigt des sujets qui étaient à l'époque émergents comme les tiers-lieux, le creative management, l'apprenance, l'assistance à maîtrise d'usage, la société collaborative, etc. et pouvaient permettre de nourrir les possibilités de coopération autour de l'intérêt collectif, territorial et général.​ 

Ainsi, après avoir travaillé sur les tiers-lieux à partir de 2014 et l'apprenance à partir de 2015, j'ai relié les deux sujets et cela a donné le concept de "tiers-lieux apprenants".


2) Pour vous, quel est la définition d'un tiers lieux éducatifs ? Avez-vous quelques exemples à me citer que vous avez pu mettre en place ?

Je vous conseille d'aller lire l'article qui est une première synthèse de nos réflexions sur le sujet : ​https://www.linkedin.com/pulse/apprendre-aujourdhui-à-lécole-demain-partout-alexis-durand-jeanson/





Le schéma directeur élaboré par Prima Terra



Comme vous le voyez, nous ne nommons pas tiers-lieu éducatif mais apprenant, car la différence nous semble importante. L'une parle d'une fonction portée généralement par l'Etat, dans une logique sociétale, éduquer le peuple, alors que l'autre questionne le sens donné à la capacité de chaque personne de se former, de se nourrir intellectuellement et manuellement, de s'épanouir et grandir en somme.

​En termes d'exemples, nous pouvons notamment citer l'accompagnement pour le réseau des Maisons de la Vie Etudiante dans les campus universitaire basé sur le cas pratique de la MDE du Campus de Poitiers, le travail sur la Faculté de Médecine Pharmacie de Poitiers ou encore au sein du Réseau CANOPE , avec des formations-actions en créativité et innovation, qui nous donna l'opportunité d'être aux côtés de l'équipe de l'Atelier Canopé La Martinique.

Je pense également à l'accompagnement expérimental de la commune de Lorrez le Bocage Préaux en Seine et Marne, qui eu pour but de faire basculer un ancien lieu d'art contemporain en milieu rural de 300 m² en un lieu croisant Maison de Services au Public, Médiathèque type troisième lieu et tiers-lieu villageois. Cela donna la Coop', un véritable tiers-lieux à visées culturelles, éducatives, sociales.


3) Quelles sont les limites du "tiers-lieu éducatif" ?

La cartographie des tiers-lieux élaborée par Prima Terra, reprise pour la Biennale de Design de St Etienne 2017


​D'après nous, un tiers-lieu est un espace physique avant tout, mobilisant un ensemble de conditions (un certain nombre d'usagers, un sentiment et une réalité d'auto-gestion, une logique matérialiste et philosophique de biens communs, etc.), de pratiques (accessibilité, fonctionnement souple, un partage des décisions, etc.), d'usages (tous ou presque dans la limite de tolérance du collectif habitant !) et de formes sociales (sentiment d'appartenance à une communauté, de pratiques et de savoirs si possible, de destin lorsque les membres sont très engagés !) dans un périmètre donné (qui peut-être l'espace physique, hybride donc physique et virtuel, le quartier, la place de village, etc.). 

Parler de tiers-lieux éducatifs posent un problème dans le champ sémantique. En parlant d'éducation, vous ne parlez pas de l'apprentissage tout au long de la vie par l'individu ou le collectif mais bien de la façon de mettre cela en place (ou pas).​ Les limites sont liés au nom lui-même ! 
Il faudrait penser le lieu comme un système intégré dans un écosystème d'apprentissage plus large, avec de l'apprentissage formel, informel, synchrone, asynchrone, non plus des fonctions déterminées à l'avance mais des espaces d'intérêt, d'histoires communes. Remettre ces lieux éducatifs et/ou pédagogiques dans une trace historique, civilisationnelle, pour qu'ils fassent sens non plus comme équipement ou outil de politique publique mais comme marqueur et symbole dont peut être fier cette communauté de vie.

Cela impose de passer d'un paradigme de la fonctionnalité, avec le risque de l'utilitarisme de l'éducation, à une dimension d'apprentissage et d'épanouissement individuel, collectif et territorial. Toute une révolution pour les politiques publiques ...


4) Connaissez-vous d'autres personnes ou associations travaillant sur cette notion ?

Je vous conseille d'aller voir ces acteurs :

Réseau PAYSAGES, qui est un réseau de recherche-transmission sur les paysages et l'apprenance ;

Christine Leblanc-Sitaud, qui actionne l'idée de transition digitale pour booster la créativité et l'intelligence collective ;

Xavier Garnier, qui travaille sur les nouveaux formats pédagogiques en classe ;

Maryvonne Dussaux, chercheuse, qui travaille sur les politiques publiques de l'éducation ;

Florence Bazzoli avec le Centre Michel Serres Nantes, qui travaille sur l'échelle des territoires apprenants ;

Florent Orsoni avec le Lab Ville durable de l'EDNA école de design implantée à Nantes, qui questionne les liens entre design et l'urbanité durable ;

Hugues Bazin, qui questionne l'architecture fluide de la recherche-action pour agir autrement, au quotidien ;

Cécile Joly du CNFPT qui travaille sur les interfaces entre labs et communautés apprenantes dans la Fonction Publique Territoriale ;

ainsi que la communauté en ligne "tiers-lieux éducatifs".​ 

Et il y en a bien d'autres, je suis désolé du caractère non exhaustif !


Un entretien stimulant, qui permet de se remettre en question, merci à lui.
Etudiants, vous êtes les bienvenus !

vendredi 6 septembre 2019

Apprendre : aujourd’hui à l’école, demain partout !

Retour sur une analyse tendancielle, le lieu apprenant.

Article initialement publié le 29 septembre 2017 sur le blog de Prima Terra

Les lieux de la fonction “apprendre”
Alexis Durand Jeanson, consultant-chercheur à Prima Terra, a ainsi pu décrypter en 2017, puis schématiser, avec l’aide Sonia Woelfflin, designer pédagogique, ce que pouvait être l'avenir des espaces éducatifs et/ou pédagogiques en Europe.
A l’aide d’analyses de discours de responsables d'organisations éducatives (notamment Réseau CANOPE, Education Nationale, CNAM ...), d'articles de recherche en sciences de l'éducation et sciences des territoires et de retour d'expériences d'animateurs de lieux orientés "éducations à", un constat est apparu.
Très souvent encore intitulés sous les termes d’école, d’institut ou de centre de formation, c’est-à-dire selon une entrée servicielle, la nomination du “lieu des apprentissages” se nomment aujourd’hui selon une entrée à la fois usagère, servicielle et fonctionnelle, comme la bibliothèque troisième lieu, le living lab, le fablab, le tiers-lieu culturel, le learning center, le creative and maker space, l’urban lab ...

L’apprenance, condition indispensable
Tous ces lieux sont préoccupés par le triple mandat de “celui qui habite”, l’UsAcAu :
usager, potentiel apprenant, comme le visiteur qui vient voir, rencontrer, découvrir,
acteur de dispositif pédagogique, animateur des démarches éducatifs et pédagogiques, comme le maker faisant et partageant simultanément ses pratiques,
auteur, contributeur à la connaissance produite, participant à garantir les conditions propres à l’acquisition de nouveaux savoirs, l’apprenance.
Ainsi, dans ces nouveaux lieux, le sachant et l’apprenant ne font plus qu’un.

Un nouveau métier apparaît, celui de facilitateur
Facilitateur des conditions d’apprenance, c’est-à-dire “apprendre à apprendre”, il est aussi facilitateur de la coproduction des savoirs et connaissances du lieu, facilitateur des moyens d’appropriation du lieu, de ses principes de fonctionnement et de gestion. Ainsi, le facilitateur devient également un Assistance à Maîtrise d’Usage.
Pour répondre à ce besoin de facilitation, on observe que ces lieux cherchent très souvent à reprendre les principes méthodologiques et sociologiques du “tiers-lieu” à savoir un sentiment d’appartenance à un collectif, une liberté d’usages et de pratiques, un partage d’expériences, des règles de fonctionnement souples et distribués ...
L’espace n’est alors plus seulement un moyen physique pour diffuser des savoirs et connaissances mais bien un espace situé, localisé, qui permet d’ancrer l’information, de l’enraciner, de participer à sa production, comme la Culture (produire du commun) résonne en écho à la Nature (préserver le Bien commun).

Le lieu, miroir de l’organisation apprenante
Le lieu devenant apprenant, il devient l’assise, l’ombre et l’impact physique et visible de l‘organisation apprenante.

image
Incarnation socio-spatiale de l'organisation, le lieu apprenant est alors composé de 4 activités clés :
  • Créer, selon un processus de design pédagogique
  • Former, par l'animation de groupes en posture auto- et co-apprenante
  • Accompagner, par le management de la relation communautaire
  • Innover, par l'implémentation, le consensus et l'Assistance à Maîtrise d'Usage Globale (AMUg).
Ce processus organisationnel peut ainsi être optimisé par la mise en place d'une méthodologie "tiers-lieux", mettant l'usager-auteur au centre du dispositif.
Comme toute organisation apprenante, ce lieu et dispositif peuvent être managés à l'aide d'indicateurs propres à évaluer :
  • l'information,
  • l'engagement,
  • la mise en dialogue.
Mettre en dialogue, c’est créer du lien en mettant du liant entre les acteurs, les lieux, les activités. C’est ainsi constituer des organes intermédiaires entre la sphère de la propriété privée et celle de la propriété publique.

Entre le lieu et le territoire apprenant, les communs
Pour construire ces fils qui constituent l’étoffe territoriale, il faut de “l’entre deux”. Cet espace intermédiaire permet de “monter au grenier” des idées, des productions, des outils, des données permettant de participer d’un destin commun. En effet, pour qu’une communauté de savoirs et de pratiques se constituent, s’animent et se pérennisent, il faut qu’elle puisse partager, mettre en commun.
Les données d'usage et les connaissances partagées seraient ainsi les produits du processus, le coeur vital étant la construction de "biens communs" (territoriaux, numériques, urbains, ruraux ...), soient l’organisation pour la bonne gestion de ce qui aura été mis en commun.
Le territoire redevient alors commun, l’organisation devient la communauté d’existence, le lieu devient l’objet commun, la connaissance devenant l’esprit mis en commun.

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